LES DISSIDENCES DE L’ART

L’été sera Rock’n’Roll

Cigale Mag n° 44
Juin 2012


La société post-industrielle redoute les dérèglements : climatiques, économiques, épidémiques… mais elle adule les marginaux, les artistes, et continue d’interroger devins et chamans, ces objecteurs de rationalité. Des sorciers confirmés aux freaks de Tim Burton, vivez la contestation avec l’intrigante sonorité du Rock de Dylan. Du monstrueux à la poésie, il n’y a qu’un pas. 


BOB DYLAN

© Musée du Quai Branly, photo Hughes Dubois
Certains artistes donnent le sentiment d’être en phase avec les événements et le cours naturel des choses. C’est assurément le cas de Dylan. Entre 60 et 66, il réinvente le langage musical et la scène rock en profondeur, sans le vouloir vraiment, avec cet air de ne pas y toucher d’une génération effrontée. Les portraits de Kramer sont des modèles du genre. Bercé par le rock, passionné de folk, il est l’initiateur du mouvement folk rock promis à une belle postérité, et perce au moment même du Folk Revival. Si le texte est poésie, et l’essence la rébellion, son idylle avec Joan Baez instaure une légende. Entre guitare et harmonica, difficile de capter la poésie du texte – surtout pour nous, francophones – mais il électrise ses fans à chaque nouvel album et les désoriente parfois, car il réinvente son langage musical continuellement.
Tous les groupes de la veine Rock revendiquent son influence, mais la notoriété semble lui échapper, voire lui peser. Ses réponses aux médias atteignent un laconisme captivant : la fascination qu’il exerce semble le dépasser, il regarde d’un œil qui s’illumine rarement l’agitation dont il est la cause, comme les grandes causes humanistes. Le « beatnik milliardaire » sert magistralement la légende du Rock : un fantastique ovni sur cette planète musicale. De New-York à Londres en passant par Paris, il marche résolument seul… like a Rolling Stone.  »

Cité de la Musique
221 av. Jean Jaurès
Paris 19e
www.citedelamusique.fr
jusqu’au 15 juillet


LES MAÎTRES DU DÉSORDRE

Série « Déchoucaj’ » : Myriam Mihindou – Date de l’oeuvre: Haïti 2004-2006. © ADAGP, Paris 2012
Sorciers et chamans survivent dans les sociétés primitives, tandis que les artistes endossent le rôle de clowns sacrés en Occident. Puissants exorcistes de nos peurs, ce sont des personnages ambivalents ; la subversion est leur domaine réservé. Considérés, consciemment ou non, comme des intercesseurs qualifiés auprès des forces obscures, ils protègent la société du chaos.
Le musée du Quai Branly propose d’aller à la rencontre de ces êtres hors norme, d’une époque ou d’une civilisation à l’autre. Les rites comme la fête des fous à Dijon, les instruments comme l’arbre du chaman de Sibérie, ou la métamorphose en jaguar de Colombie : autant de phénomènes où le monde est mis à l’envers pour prévenir et guérir les maux. L’homme-médecine et l’artiste sont capables d’atteindre des états modifiés de conscience, à l’aide de psychotropes, ou pas, selon les cultures et les traditions. Le parcours permet de fluctuer au gré des méandres de l’(in)conscience : passer de l’autre côté du miroir, ou visiter l’outre-monde n’est pas une sinécure, rares sont ceux qui reviennent indemnes d’un tel périple, comme Orphée… Ces êtres étranges et inquiétants : devin, sorcier, fou du roi, ou dieux boiteux voisinent des oeuvres contemporaines qui, parfois, leur ressemblent.

Musée du Quai Branly
37, quai Branly
75007 Paris
01 56 61 70 00
www.quaibranly.fr
jusqu’au 29 juillet


TIM BURTON

Tim Burton : Les Noces funèbres (Corpse Bride) – À l’image : Tim Burton sur le plateau. Photo credit: Derek Frey
Pied de nez à l’industrie du cinéma, Tim Burton est un original qui détonne dans cet univers commercial. Dans les années 70, il s’est échappé d’une banlieue sans histoire pour en raconter de fantastiques. Puisant aux sources de l’imaginaire païen, ce dissident qui aime subvertir les genres a un don pour raconter les histoires en poète. Son registre surréaliste, pop et gothique sert exclusivement les comédies macabres, et certaines réalisations concrétisent des rêveries d’enfance. S’il joue avec nos peurs, ses histoires restent empreintes d’humour.
Les figurines de Noces macabres, les revenants de BeettleJuice, les extra-terrestres de Mars Attacks, ou le vampire bien-aimé de Dark Shadows : des personnages déjantés qui procurent des frissons de plaisir à un large public… Chacune de ses réalisations reprend à son compte la devise « trick or treat », car il ne cesse de flirter avec le rite calendaire d’Halloween – Samain en français. Pour approcher son univers en globalité, la cinémathèque présente l’envers des films, des courts-métrages inédits, secrets d’animations, une foule de dessins… À la base de l’ensemble de ses travaux, l’exercice du croquis est travaillé à la limite de l’inconscient. Grotesque, funèbre, et poétique : avec l’œuvre de Tim Burton triomphe l’infans de l’art.

Cinémathèque Française
51 rue de Bercy
Paris 12e
www.cinematheque.fr
jusqu’au 5 août