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A l’Est de la capitale, le 12ème arrondissement achève tranquillement sa mutation et dévoile un Paris new look méconnu et fascinant.

Christian Rol et Sabine Corvec

09H30 : Le Viaduc des Arts
La Gare de Lyon comme point de départ stratégique permet en quelques pas de rejoindre l’avenue Daumesnil et son Viaduc des Arts, succession pléthorique d’ateliers et boutiques réfugiés sous l’ancienne voie de chemin de fer transformée en sentier de randonnée. A noter, à l’angle de l’avenue en question et la rue Rambouillet, les très belles statues d’albâtre néo-classiques qui dominent l’hôtel de Police.
M° Gare de Lyon.

09H45 : L’atelier des Arts culinaires.
Fort de sa ressemblance étonnante avec le chanteur anglais Robbie Williams, Antony Doeuvre incarne le chef d’orchestre idéal – et le guide/conseiller - de l’Atelier des Arts Culinaires, ce très bel espace dédié aux arts de la table où des artisans travaillent encore le cuivre et l’étain. Ici, certains particuliers très concernés pourront acquérir des casseroles et des poêles (à 209 € en cuivre) en provenance de la maison-mère normande de… Villedieu-les-Poêles qui continue de fabriquer les bassines à confiture de nos grands-mères. Enfin, d’autres amateurs avisés se soulageront de vingt trois mille Euros pour un superbe « piano » - une batterie de cuisine belle comme une Rolls – où ils pourront exercer leurs gammes. A l’étage, des cours de cuisine sont dispensés (les particuliers s’y rendront les samedis matins) où les secrets du chocolat et autres gourmandises seront révélés au grand jour. Enfin, une orfèvre et un « repousseur de métaux » façonnent sous vos yeux des pièces uniques qui orneront les meilleures tables. Mais pas seulement puisque cette succursale de l’Atelier du Cuivre de Villedieu conçoit aussi des baignoires en laiton (très prisées par de riches Américaines qui confondent Cléopâtre et Liz Taylor), des bars (notamment celui de Rolland Garros) et une multitude d’objets exclusifs. Cela n’exclut pas les réparations et la restauration de ces objets de famille qui dorment dans nos greniers.
11, avenue Daumesnil (12ème) – M° Gare de Lyon - Tél. : 01 43 40 20 20 – E-mail : contact@atelier-culinaire.fr

10H45 : Automates et Poupées.
Sylviane, Camille (le seul homme malgré son prénom) et Sophie conçoivent, réparent et vendent poupées, nounours, automates et boîtes à musique sous les salles voûtées de leurs ateliers au sein même du Viaduc des Arts. « J’ai commencé dans ce métier il y a trente ans par hasard puisque j’ai une formation d’architecte » nous précise Sylvianne qui vante surtout les dons de ses collaborateurs, et en particulier le savoir-faire de Camille, plasticien de la maison Decamps – le Berlotti des automates – qui honore encore les commandes venues du Japon qui affrète ses joyaux en 1ère Classe. « Nous sommes devenus un métier rare à divers titres. Notamment parce que nous travaillons avec les matériaux du 19ème siècle. Nos clients reconnaissent notre honnêteté mais déplorent nos délais un peu trop longs. » Que dire du quartier ? « Au début, le Viaduc des Arts a bénéficié de l’effet de la nouveauté et de la mode mais depuis quelques temps, la fréquentation s’émousse. D’ailleurs, je pense que Paris est une belle ville ; mais une ville de province qui a oublié sa vocation artisanale qui avait une aura aux quatre coins du monde ». Malgré ce constat, Sylvianne ne cache pas sa joie de vivre – « sur le fil du rasoir » - de sa passion. Des poupées entre cinquante et deux cents Euros, des automates qui s’envolent très haut et des boîtes à musique suisses en loupe d’orme (les prix sont en rapport avec leur beauté) habillent cet atelier où l’excellence et le sourire évoquent un temps sans grandes surfaces ni petites arnaques. Une très belle adresse… à tous les sens du terme.
97, avenue Daumesnil (12ème) – M° Gare de Lyon - Tél/fax : 01 43 42 22 33 – site : automatesetpoupees.fr – E-mail : automates-et-poupees@wanadoo.fr.


11H30 : Atelier Guigue & Locca.
Muriel et Jean François ont commencé leur activité en 1971 en se spécialisant dans la restauration de meubles polychromes (meubles baroques peints d’Europe Centrale, Autriche, Suisse, etc.). Tout ceci avant de se consacrer au sur-mesure qui profite aujourd’hui aux stagiaires (amateurs ou pros) de l’atelier de décors sur bois. Mais la véritable singularité de Jean-François est sa propension à fabriquer des enceintes acoustiques. « Je suis le dernier en France après de bons et loyaux services au profit des grandes marques de matériel Hi-fi et d’auditoriums. J’ai un peu freiné l’activité en raison des frais et de la baisse de la demande. Mes plus gros clients étaient des particuliers qui voulaient des gros systèmes audio. Mon plus gros système faisait dix mètres de haut. Après, les professionnels américains ont fait appel à moi pour le théâtre ou le cinéma. A l’époque, toutes les salles UGC, du Portugal jusqu’à la Grèce étaient équipées de mes réalisations. » Est-il pour autant aussi riche que ses clients ? « Hélas non. J’ai très mal manœuvré à l’époque. Je concevais des prototypes en incrustant mes propres pavillons mais je n’ai jamais songé à négocier un contrat avantageux pour mes finances. » L’affabilité de notre hôte et son flegme ne résistent pourtant pas à l’assoupissement du quartier : « Je suis au Viaduc des Arts depuis 1994 dont nous devons l’insuccès actuel à la Mairie de Paris et aussi au fait qu’il n’y a pas de musée ni de pôles d’attraction notables. Sans parler de la promenade plantée que les promeneurs préfèrent à nos trottoirs. » Un autre atelier à Beaubourg où des toiles de maître sont restaurées – sous haute sécurité - consolera quelque peu cet artiste et son épouse qui ont donné au son et au bois leur lettres de noblesse. A noter, au sous-sol, un auditorium informel où les chants grégoriens échappés de baffles de bois précieux, raisonnent en nous comme dans une cathédrale.
81, Avenue Daumesnil (12ème) – M° Gare de Lyon - Tél/fax : 01 43 44 99 55 – www.viaduc-des-arts.fr – guigue.locca@free.fr

12H00 : Cour Saint-Émilion
Le métro Bercy est situé entre deux horreurs contemporaines (le Palais Omnisports en lieu et place du Vel’d’Hiv démoli en 1959, et le Ministère de l’Economie mal gérée et des Finances) qu’on fuira pour se réfugier dans le parc attenant. Quatorze hectares de verdure ont remplacé l’ancien site d’entrepôts vinicoles dont les architectes ont, heureusement, conservé quelques chais, de gros pavés antédiluviens et des rails qui nous tordent la mémoire et les chevilles. Bercy Village et le Cour Saint-émilion sont le prolongement direct de cette Halle aux vins révolue où les grandes marques et les produits « équitables » ont trouvé refuge en même temps que vingt deux salles de cinéma ( !) accessibles depuis l’artère principale et piétonnière où terrasses et restaurants invitent à la paresse ; à l’exception du Restaurant Alice couplé avec le média store Alice qui se présentent comme le rendez-vous de la culture et du vin. « Nous sommes là depuis deux ans, explique Pierre-Arnaud Hourquebie, bordelais d’origine et porte-parole improvisé des concepteurs de cette formule librairie/cave à vin importée de la capitale girondine. « Le succès du concept a été éprouvé à Bordeaux et au Cap Ferret où nous sommes présents, et il nous a semblé légitime de nous installer au cœur même de l’ancienne Halle aux vins à Paris ». Des livres, beaucoup de livres - et notamment le roman du moment French Cancans (Scali) -, des CD et des DVD voisinent avec des Mouton Rothschild et autres grands crus. Un menu très honorable à 14,90 (entrée, plat, dessert) dans un bel espace aux volumes immenses composera la halte idéale au coeur de ce Saint-Émilion redessiné.
60, Cour Saint-Émilion (12e) - M° Cour Saint-émilion - Tél./Fax : 01 53 01 83 80 – alice.paris@alicemediastore.fr

14H15 : Les Pavillons de Bercy : Les trésors de Jean-Paul Favand
Les Pavillons de Bercy, à quelques enjambées du Cour Saint-Émilion, sont assurément le trésor secret le mieux gardé de Paris. A cela deux raisons : la discrétion de Jean-Paul Favand, esthète plutôt qu’homme de communication (voir Focus) et la vocation de ces « pavillons », accessibles uniquement sur rendez-vous ou réservés aux raouts des grandes entreprises. Guide d’un jour et hôte exquis, le maître des lieux ouvre à Cigale son Théâtre du Merveilleux, son Musée des Arts Forains et ses Salons Vénitiens qui s’étendent sur 1,5 hectares et 3000 m² de rues privatives, pavées et arborées. A dire vrai, les superlatifs manquent devant les trois univers reconstitués autour de la fête foraine, de la Venise de Casanova et d’Arlequin, et les mondes imaginaires à la Lewis Carroll, inspirés des voyages du Baron de Münchhausen et des contes de Perrault revisités par Jean-Paul Favand lui-même. Un éléphant-mongolfière, des scénographies surréalistes mais toujours cohérentes et des éclairages fantastiques soutenus par des musiques à mi-chemin entre l’étrange et l’enfance nous plongent dans l’atmosphère onirique propre à ces « Cabinets de Curiosités » nés au XVIème siècle. Le musée des Arts Forains, 1 700 m² de trésors amassés par cet ancien antiquaire, autorise les visiteurs à chevaucher le manège à vélo de 1897 qui tourne à la force du mollet (et peut atteindre les 35 km/heure). Des loteries, des chevaux de bois, un carrousel-salon de la Belle-Epoque constituent, parmi tant d’autres, les attractions extraordinaires proposées par cet historien de la foire qui se désole que la France ne prenne pas assez la fête et le rire au sérieux. Les Salons Vénitiens, quant à eux, nous propulsent dans une Cité des Doges rêvée, entre carnaval, Goldoni, Fellini et Colombine. Rien de statique dans ce musée ludique consacré à la comedia del arte où les automates s’animent et nous laissent sans voix. L’originalité des Pavillons de Bercy tient autant à la personnalité de leur concepteur qu’à son vœu de voir ses centaines de pièces de collection « vivre » sous l’impulsion des « fêtards » qui peuvent s’amuser sans retenue (ou presque) avec ces attractions qui amusèrent nos aïeux. A l’écart des regards du public, d’autres pavillons abritent les plus récentes acquisitions de ce collectionneur invétéré (une des plus importantes collections d’objets forains au monde) qui dorment en attendant d’être réanimés. Enfin, les grands esprits se rencontrant, Jean-Paul Favand a tenu à prolonger cette passion (dévorante on l’imagine) en abritant l’exposition de manèges miniatures (à l’échelle 20ème) de Lucien Mouchet, 86 ans, ancien employé de la RATP, qui débuta son œuvre dès 1946 « J’ai toujours aimé la fête et je prenais les mesures des manèges que je voulais réaliser en allant dans les fêtes foraines. Après j’ai parfois travaillé sur plans alors que ma femme Georgette peignait les motifs et les personnages. » Une fois encore, les qualificatifs viennent à manquer devant la méticulosité et l’art du détail développés autour des merveilles savamment mise en scène par Jean-Paul Favand. Bonne nouvelle : l’exposition est ouverte au public à partir du 14 novembre 2007 et jusqu’à fin avril 2008.
Les Pavillons de Bercy 53, avenue des Terroirs de France (12ème) - M° Cour Saint-émilion - Tél. : 01 43 40 16 22 - Réservations pour les visites de groupe : 01 43 40 16 15 - Site : www.pavillons-de-bercy.com - E-mail : infos@pavillons-de-bercy.com
Exposition Mouchet « La Plus Grande Fête Foraine en Miniature du Monde »
Accès : 64 rue des Pirogues de Bercy (12ème) à partir du 14 novembre 2007. Renseignements au : 01 43 40 63 44
Tarif : 7 euros

16H00 : Promenade plantée (ou coulée verte).
4,7 kilomètres à pieds ça use les souliers… mais cela fait du bien à la santé. Surtout quand le périple suit le tracé original d’une ancienne voie ferrée, la « promenade plantée », qui commence sur le viaduc derrière l’Opéra bastille (accessible en face du 45, rue de Lyon) et s’achève en lisière du Bois de Vincennes. Voilà bien la balade la plus singulière qu’on puisse imaginer à Paris puisque ce périple pédestre se situe généralement en hauteur, à l’écart des vélos, skates et trottinettes incongrues, les derniers fléaux en date. Depuis ce balcon bucolique, planté d’arbres et de fleurs, et ponctué de jardins et de tunnels, le 12ème arrondissement prend de la hauteur.
Départ : M° Bastille ou Gare de Lyon - Arrivée : M° Porte Dorée

17H00 : Le Bois de Vincennes.
L’automne et le soir tombent sur le Bois de Vincennes où, déjà, les buissons bruissent des premiers feulements d’une faune aux aguets. Et, celle-ci n’a pas le moindre rapport avec le zoo voisin… Plus innocents sont ces vieux enfants qui font tourner sur le lac leurs maquettes de bateaux, petits bijoux miniatures qui se partagent avec les canards et les cygnes des croisières imaginaires. Pour l’un de ces capitaines au long cour (très court) immobile - un sympathique retraité de la SNCF coiffé d’une casquette de la Royale qui lui donne toute autorité sur le paquebot de 1,20 m qu’il télécommande - le rêve d’une carrière de marin se prolonge sur cette grève sans vagues ni syndicats. « Toute ma vie j’ai conduit des trains entre Paris et Clermont-Ferrand en rêvant de voyages de Brest à Buenos Aires. Pendant longtemps je me suis dit que j’avais raté ma vraie vocation. Jusqu’au jour où j’ai rencontré un ancien capitaine de corvette qui consacrait ses vieux jours à reconstituer un réseau ferroviaire miniature dans son grenier. » No comment…
M° Porte Dorée - Château de Vincennes.

18H00 : Faubourg Saint-Antoine
Que dire des environs, de la Porte Dorée de la place Félix Boué ? Rien. Quelques stations de métro nous ramèneront dans le quartier de la Bastille, fief historique des marchands de meubles, des ébénistes et des artisans. Le mythique faubourg Saint-Antoine et ses arrières cours industrieuses constituent un excellent parcours découverte. Chaque porche découvre un métier et un monde. Notamment cette cour « Shadocks » où Brigitte et Jacqueline confectionnent rideaux, voilages, dessus-de-lit et coussins. Quelques palaces parisiens, le musée Grévin, un casino normand et une princesse leur doivent un savoir-faire ancestral. « J’ai commencé à travailler à seize ans, nous explique Brigitte qui a repris l’entreprise de son patron décédé il y a un an et demi, et je dois dire que les grosses commandes ont franchement baissé à partir de la première guerre du Golfe. Dès lors, les riches clients - libanais notamment - ont eu des exigences moins somptueuses. » Ainsi, la feuille d’or a-t-elle dramatiquement disparu au profit de goûts plus raisonnables. Quant au quartier, le bastion du meuble, victime, lui aussi des soubresauts internationaux, s’est ouvert aux sandwicheries et aux affaires. « L’ambiance n’a plus rien à voir avec ce que j’ai toujours connu, nous assure encore Jacqueline, qui constate le crépuscule d’un monde…
Faubourg Décoration - M° Ledru Rollin- 71, rue du fg St Antoine (11ème) - Tél. : 01 53 17 03 02.

19H00 : L'artiste Didier Maulet
Depuis trente ans, Didier Maulet restaure, en ébéniste scrupuleux, dépositaire d'une tradition de métier où s'unissent les connaissances techniques et la sensibilité artistique, des meubles du XVIIIème siècle. Je me suis spécialisé dans le XVIIIème car la qualité du travail manuel, l'esprit inventif et le sens de l'harmonie y sont à leur apogée. Aussi, la restauration de ces œuvres, aujourd'hui chargées d'histoire vous apporte une satisfaction entière tout en vous invitant à la plus grande modestie. Evidemment depuis quelques années à Paris, les ateliers ferment, et cela devient particulièrement difficile de trouver un doreur ou un marbrier, professionnels qui participent à la restauration des meubles qui me sont confiés. Formé à l’Ecole Boulle, Didier Maulet, dans la recherche d'un plus grand respect de l'intégrité de l'œuvre, a su compléter le savoir-faire et les techniques traditionnelles acquises dans les ateliers, par une démarche plus scientifique, telle l'analyse physico-chimique des matériaux et des procédés de collage et de finition (remplis ciré, vernis au tampon). Cette déontologie récente, honore une noble profession qui s’inscrit pleinement dans la sauvegarde d'un patrimoine dont Didier Maulet est l'un des plus sûr représentant.
38, rue Traversière (12ème) – Tél. 01 43 44 44 08 - M° Bastille - didier.maulet@clubinternet.fr

20H00 : Restaurant Le Square Trousseau
Pour la fête, les agapes et les libations nocturnes, les environs de la Bastoche et ses rues de Lappe et de la Roquette offrent la palette idéale pour tous les goûts. A quelques mètres de notre ébéniste, Le Square Trousseau résiste courageusement à l’offensive de la mal-bouffe et des décorateurs prétentieux. Un bistrot-brasserie plein de charme et d’effluves intemporelles. Bonne nuit…
1, rue Antoine-Vollon (12ème) - 01 43 43 06 00 - M° Bastille.

 
Cigale - 36, rue Scheffer - 75116 Paris - contact@cigalemag.com
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