Nous sommes régulièrement appelés à déposer un bulletin de vote dans l'urne pour désigner nos représentants à tous les niveaux de notre république et, tout aussi régulièrement, nous avons le sentiment de ne contribuer que très marginalement au destin du pays. N'oublions pas cependant que la démocratie s'use lorsque l'on ne s'en sert pas.
Antoine Waechter
Nous disposons, chaque jour, d'un pouvoir au moins aussi déterminant que nos choix électoraux : ce sont nos choix de consommation. Pour les théoriciens historiques de l'économie, le consommateur réagit de manière mécanique au prix du produit ou, dans le meilleurs des cas, au rapport qualité prix. L'interdiction du veau aux hormones et la quasi-absence d'organismes génétiquement modifiés dans l'alimentation française ont montré que les consommateurs peuvent orienter l'économie lorsqu'ils adoptent un comportement plus élaboré.
Et si nous utilisions ce pouvoir pour contribuer à la sauvegarde de notre environnement ?
Ainsi, en refusant de loger dans un de ces hôtels qui défigurent notre littoral ou tel site de montagne, nous plaidons pour le respect de nos paysages. De même, lorsque nous choisissons de faire nos courses dans un magasin qui a fait un effort d'intégration au site au détriment de la boîte qui défigure l'entrée de la ville. Il est vrai que ce cas de figure est rare à Paris, qui a la chance d'avoir conservé ses commerces de proximité. Qui décide ce qui est beau et ce qui est laid ? Chacun de nous. La démocratie consumériste est indissociablement associée à la liberté et à la responsabilité de chacun.
Dans le domaine alimentaire, nous décidons de notre santé, du type d'agriculture et des conditions de transport. Les produits issus de l'agriculture biologique sont évidemment les meilleurs pour nous et pour le territoire que nous habitons. L'origine des produits nous renseigne sur leur contribution à l'effet de serre. Pourquoi consommer des fraises du Brésil en hiver, alors qu'elles sont bien meilleures au printemps lorsqu'elles viennent de notre région ? Dans le premier cas, elles ont fait des milliers de kilomètres en avion (un des premiers contributeurs à la dérive du climat), dans le second quelques dizaines de kilomètres en camionnette. Bien sur, cette démarche nous oblige à respecter les saisons dans notre assiette.
Tous les domaines peuvent ainsi être orientés par nos choix de consommation : une chaîne de télévision, une radio ou un quotidien qui ne fait aucune place à vos courants de pensée sera délaissée au profit d'un média plus ouvert (l'évolution des audiences ou des ventes est attentivement suivie par les gestionnaires), les voitures économes en énergie seront préférées aux autres … Chacun trouvera d'autres exemples.
Dans une économie libérale, le pouvoir consumériste est déterminant, mais sa réalisation suppose des consommateurs attentifs acceptant d'introduire des critères "écologiques" dans les choix de consommation.
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