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Vignes et patri-moines
Le salon des vins d'abbayes


Le 19 avril dernier, au Collège des Bernardins, les vins de quinze abbayes étaient à l’honneur – soit quinze excellentes raisons de croire en Dieu…

Alexis Sainte Marie

Comme la sociologue américaine Mary Eberstadt (1) le notait dans un de ces articles, les plaisirs de la table sont aujourd’hui chargés d’une connotation morale qui semblait jusqu’alors réservée aux plaisirs de la chambre… À moins d’appuyer leur vice sur les théories de nutritionnistes agréés, l’amateur de viande rouge et le buveur de vin ne sont pas loin d’être suspect. La question est simple : doit-on vraiment se bourrer de tofu et d’autres produits improbables estampillés « commerce équitable » pour pouvoir prétendre au titre de citoyen ? Le Salon des Vins d’Abbayes se présente comme l’antithèse de cette morale à l’œil triste et au ventre qui gargouille.
Le vin est un des éléments fondateurs de la symbolique chrétienne – on ne peut par exemple célébrer une messe sans vin. Or au XIIème siècle, il voyage mal. Les Cisterciens développèrent donc leurs propres vignobles autour de leurs abbayes avec pour philosophie l’idée toute monastique que le travail de la terre et la recherche de l’excellence se placent dans la continuité de la Création divine. Que de faire du bon vin, c’est déjà rendre grâce. À une époque où l’on buvait beaucoup et pas toujours du meilleur, on imagine que la renommée de ces vins ne tarda pas à se propager hors des murs abbatiaux… Bientôt, ils ne furent plus réservés aux seuls moines et en échange de legs et de donations, les seigneurs des environs y trempaient les lèvres. Aujourd’hui, à l’origine des plus grands vins de Bourgogne et de la Vallée du Rhône, on trouve le savoir-faire des Cisterciens.
Savoir-faire, savoir-vivre… Un verre à la main, on aura une petite pensée pour Rabelais, moine lui aussi et grand amateur de la « Dive Bouteille » qui rêvait entre deux gorgées à son utopique Abbaye de Thélème au commandement hédoniste « fais ce que voudras ». Ce n’est pas de la philosophie de comptoir – c’est de la théologie en bouteille. En ces temps impies de vaste ennui citoyen, les vins d’abbayes sont comme une gorgée rafraîchissante… Credo !

(1) Mary Eberstadt, « Is Food the New Sex ? »

 
Photo Henri Gaud (copyright éditions Gaud)
Photo Henri Gaud (copyright éditions Gaud)

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