Une balle jaune fait le printemps
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Si une hirondelle ne fait pas le printemps, les balles jaunes de Roland Garros, elles, font la joie des amateurs de tennis qui peuvent aussi découvrir les coulisses de Roland Garros lors de visites guidées.
Christian Rol Le temps des grosses personnalités du tennis est quelque peu révolu où les crises du caractériel Mac Enroe et le bel enthousiasme de Noah firent beaucoup pour ce sport longtemps interdit aux classes laborieuses. Bien sûr, comme à propos de tout en France, il y a les pros et les anti-Roland Garros. Les premiers se réjouissent à l’avance de l’évènement qui met en scène les meilleures joutes tennistiques et découvre chaque année les jambes fuselées de nouvelles et jolies joueuses russes. Car la terre battue se fait Terre promise ; à la fois concours de circonstance et concours de mode que les Français épris de glamour et de « people » à lunettes de soleil plébiscitent dans les urnes et dans L’Equipe. Les autres, les anti, eux, s'agacent de ces mondanités télévisées qui occupent les conversations et sidèrent la France pendant deux semaines. Pour réconcilier les deux camps - ou les séparer un peu plus encore - le stade de Roland-Garros propose des visites guidées d’autant plus agréables qu’elles se déroulent à proximité du délicieux Jardin des Serres d’Auteuil (fréquenté aussi par d’autres jeunes filles de l’Est mais qui n’ont rien à voir avec le tennis). Un musée - le « Tennismuseum » - propose une exposition permanente consacrée à l’histoire de ce sport qui fut longtemps un art de vivre et naquit en France avec l’ancestral jeu de Paume. Des gravures, peintures et films reviennent aux sources et suivent l’évolution de la discipline revisitée par le chic britannique. Une galerie expose des centaines de raquettes (des années 20 jusqu’aujourd’hui) et des vitrines reviennent sur la mode tennistique des années folles quand de lourds manteaux blancs cassés à liseré noir, et des pull-overs dans les mêmes tons annonçaient la couture intemporelle portée longtemps par le gotha, puis la bourgeoisie. Le premier crocodile brodé sur une veste crème (un don de Bernard Lacoste) annonce le succès de la marque pendant des décennies au-delà du sport lui-même. N’oublions pas la jupette de telle championne en 1967 et la coupe en argent massif, celle-là même que brandissent les heureux champions du Tournoi avant de la rétrocéder aux instances locales (contrairement au chèque de 1 million d’Euros remis à l’issue des combats). La place des Mousquetaires est l’agora athénienne de ce stade olympique où les statues des dieux grecs ont été remplacées par celles des pionniers de la légende (Lacoste, Borotra, Cochet et Brugnon). Tout ce que la télévision ne vous montre jamais défile sous nos yeux de midinette : la Porsche de Moresmo, la fosse des 250 ramasseurs de balles, le cagibis de Nelson Montfort, le vestiaire des filles (en bois précieux) et l’entraînement des champions en herbe (logés, nourris et blanchis par la Fédération pendant trois ans) dans les terrains en sous-sol. Le Centre de Presse est le lieu névralgique de Roland Garros ; mais pas autant que le bar où les journalistes « sportifs » travaillent leur levé de coude avec application. Au moins sait-on désormais où passe une partie de l’argent de la redevance télé… Le Central, justement, le bel amphithéâtre annuellement immortalisé, fait peau neuve pour l’occasion et attend (lors de la rédaction de ces lignes) d’être retapissé de la poussière de brique qui fera l’ocre terre battue. La loge Jean-Paul Belmondo est en bonne place, comme d’autres que vous louerez à la semaine pour 40 000 Euros environ. Le « Village », c'est-à-dire quelques kiosques en bois posé sur une promenade de planches, attendent les « partenaires », les chroniqueurs mondains et tous ceux et celles soucieux de voir et d’être vus ; qui prolongeront les mondanités jusqu’au restaurant « Le Roland-Garros », table incontournable des affairistes, des gens de toutes les fêtes et de toutes les défaites. De la brique rouge et du bois sous un puits de lumière côtoient la belle terrasse fleurie accessible à tout un chacun. D’ici les rumeurs de la ville sont bannies mais pas celles de Roland Garros, chambre d’écho d’indiscrétions très parisiennes et, bien sûr, nullement sportives… |
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