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Thierry Lhermitte et Sylvie Testud forment un couple touchant et ironique dans la pièce « Biographie Sans Antoinette », de Max Frish, mis en scène par Hans Peter Loos. Le personnage interprété par Thierry Lhermitte se voit offrir la possibilité de refaire sa vie, de rejouer en quelque sorte les scènes ratés de son histoire d’amour. Mais la raison ne fait pas le poids et il ne peut s’empêcher de reproduire les mêmes erreurs qui l’entraînent inexorablement vers la fatalité et le drame…
Tony Gomez
Thierry Lhermitte, pour évoquer cette pièce, faut-il en évoquer le principe ?
Oui, cela ne dérange pas : on peut dire que c’est l’histoire d’un mec qui a la possibilité de refaire sa vie et de revivre les scènes qui ne lui plaisent pas… Cela éclaire les gens car au début de la pièce ils ne savent pas s’ils assistent à la répétition d’un spectacle ou s’ils sont sur un plateau de cinéma. Il faut dix minutes pour qu’ils comprennent que le héros peut refaire sa vie. C’est un moment de flottement voulu par l’auteur mais quand ils sont au courant, ce n’est pas plus mal.
Dans cette pièce, la mise en scène très « cinématographique » apporte beaucoup.
Sur scène, nous sommes très concentrés pour faire croire à cette situation qui est pourtant improbable : l’idée de refaire sa vie est tellement abstraite ! C’est peut-être ce qui donne aux gens cette impression de voir quelque chose pour de vrai. Et c’est la mise en scène qui apporte cela de façon si efficace. C’est beau, c’est élégant sans jamais être là pour faire joli, c’est toujours au service de l’histoire. C’est une pièce d’une densité terrible mais ce n’est pas une prise de tête : c’est distrayant, on est embarqué dans une histoire pendant une heure quarante.
Kürmann, votre personnage, est très sûr de lui de lui au début et sait même ce qu’il va changer dans sa vie !
Oui, il se dit « c’est facile, elle ne va pas rentrer dans ma vie » ! Il sait ce qu’il doit changer. Il a été très malheureux avec elle donc il a la possibilité de refaire en espérant ne plus être malheureux. En même temps, il ne veut pas la jeter dehors car il voudrait que ce soit elle qui soit séduite et qui regrette. Mais lui, comme il est séduit, ne fait pas tout ce qu’il faut pour qu’elle s’en aille… Et évidemment, si elle s’en va, il voudrait qu’elle le regrette !
C’est un personnage très macho qui devient par moments ridicule.
Il est tout le temps ridicule ! Même s’il est un peu plus émouvant à la fin avec cette détresse lorsqu’il se rend compte que, bien qu’il ait tout essayé, cela n’a pas changé grand chose avec elle. Et au moment où il va la récupérer, il va mourir.
C’est là que l’on s’aperçoit de l’importance du hasard.
Ou bien tout est écrit, on n’a aucune responsabilité et on est le jouet des événements – ou alors les événements arrivent par hasard et on peut en changer le cours à tout moment. Lui, c’est ce qu’il croit. La pièce ne tranche pas mais lui pense qu’il est maître de ses agissements. Sauf qu’il fait à chaque fois la même chose et que le résultat est le même ! Il est balloté entre sa conviction du libre arbitre et la réalité de son destin…
Kürmann, finalement, ce n’est pas l’histoire qu’il voudrait changer : c’est elle !
Il est comme tous les gens qui rentrent dans le mur en se disant « je l’aime mais pourquoi n’est-il pas comme je voudrais ? » Cela arrive à beaucoup de couples ou dans les relations parent enfant. Tout spectateur de la pièce se pose la question de savoir ce qu’il changerait si on lui en donnait la possibilité. Mais tout ce que tu peux faire, c’est changer toi !
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 Photo N. Schiffmacher
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