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Taxi Clubber
Damas by night


Chaque jeudi à Damas, vers 19 heures, on sent monter un début de fièvre. Pourquoi : tout simplement parce que le vendredi est chômé dans le monde musulman et que les restaurants, bars et discothèques se préparent à recevoir des clients qui ont débranché les réveils avant de sortir. Organisé comme un night clubber parisien qui ne veut pas perdre une miette de la vie nocturne, j’ai tout prévu ! A commencer par le taxi.

Jildas Mahé

A Damas, le taxi c’est open bar. Pour commencer il y en a partout et à toute heure du jour et de la nuit. Ensuite, c’est vraiment pas cher. Pour 150 livres syriennes (2€), vous ferez des courses de 20 minutes (trajet moyen entre les discothèques). Enfin, le taxi est généralement sympa et accueillant (une fois sur deux, il vous propose une cigarette et essaie quelques mots de français).

Ce soir-là, en quittant vers minuit le Café de L’Orient (Quartier du 4 Seasons) encore gentiment enivré par une chicha (goût pomme), je tombe sur Rashad, (portable 09 55 30 97 29) chauffeur de taxi aux multiples facettes. Dans sa petite voiture SHAM jaune et noire, ce grand jeune homme se recroqueville avant de démarrer.
A la question : où sortir à Damas ? Les réponses fusent comme une rafale : Marmar, Back Door, Z Bar… Je l’arrête avant de ne plus rien comprendre et lui propose de m’accompagner dans l’ordre.
A fond dans sa mission, Rashad s’installe au volant , allume le moteur et surtout le lecteur CD qui fait jaillir dans les enceintes (des boîtes à chaussures « high tech ») placées sur la banquette arrière tous les tubes années 80.

Sur fond de Dancing Queen d’Abba,, nous approchons du Back Door (Quartier Barada).
A peine l’escalier franchi, on est accueilli par des sourires (qu’on aimerait ambigus !) d’un groupe de jeunes femmes qui discutent de façon survoltée avec le Directeur des lieux. Nous plongeons dans un espace de 200 m2 dont le centre est occupé par un bar monumental où trône Sa Majesté : un magnum de vodka Grey Goose (vodka française s’il vous plaît…) au milieu d’une cour composée des meilleurs alcools de la planète. L’ambiance est techno années 90 et les clients atteignent les 40 ans … avec des déhanchements que ne renieraient pas certains ados !

Après quelques vodkas ukrainiennes, j’abandonne avec nostalgie des pas de danse appris dans les souterrains de la Défense quelques années plus tôt. Lové sur la banquette de mon taxi, en direction du Z Bar, je replonge en quelques secondes dans les années 80 grâce à un best of d’Aznavour programmé par Rashad.

Le Z Bar c’est le « spot » depuis que l’aménagement de la terrasse de 500M2 a offert le plus beau panorama sur Damas à la fine fleur de la jeunesse damascène. Situé au dernier étage de l’hôtel Omayad (Brasil street), cette boîte offre plusieurs ambiances dont la première ne déplairait pas à Tony Gomez du club de l’Etoile. Style black&strass, le Z Bar vous propose des tables contre une contribution de 1000 livres syriennes et vous sert un excellent whisky, accompagné d’assiettes de légumes émincés. Les filles dansent sur des tables hautes sous le regard « bienveillant » de leurs chevaliers servants (juste pour info…) et le DJ démontre son autorité à chaque « houra » qui accompagne un changement de platine alternant rock et musique orientale remasterisée..

Encore émoustillé, je comprends Flaubert et son « voyage en Orient » avant de revenir dans le monde contemporain grâce à Rashad qui place savamment un « boys boys boys » de Sabrina.

Il est 4 heures quand nous arrivons dans le quartier de Bab Touma au Marmar. Maison traditionnelle au coeur du vieux Damas, la bâtisse qui abrite le Marmar a conservé tous les éléments de l’architecture arabe avec des vastes volumes associant pierre polychrome et bois solides. Le tout protégé par des hauteurs sous plafonds à donner le tournis.
Comme dans certaines boîtes d’Ibiza ou de New York, le DJ, casquette Mao vissée, est suspendu au-dessus d’un public dominé par les bobos locaux (ce qui doit expliquer la présence du Directeur du Centre Culturel Français). Un écran géant projette le film Jazz in Paris pendant que ma bonne conscience me (re)demande si cette énième vodka est bien raisonnable. Emporté par l’ambiance friendly, j’envoie la dite conscience aller boire chez les grecs (je la suivrai sûrement un jour…) et je profite des dernières notes de la nuit avant d’affronter les premiers rayons du soleil.

Rashad me raccompagne à mon hôtel et me conseille de le rappeler à mon prochain séjour car la virée aurait pu se poursuivre (Platinum, Amigos…)… Puis il repart en trombe vers d’autres clients sur un air de « Roxane » de Police…


Back Door: Complexe Barada, quartier Mayssat
Z Bar: Hôtel Omayad, avenue du Brésil
Marmar: en face d'Elissar, quartier de Bab Touma

 
Photo N. Schiffmacher
Photo N. Schiffmacher

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