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On passe le sas de l’Académie de Billard de Clichy-Montmartre comme on ouvrirait une malle bourrée de photos de nos grands-parents : si Gabin nous tenait gentiment la porte, on ne s’en étonnerait presque pas…
Alexis Sainte Marie
A deux pas des embouteillages en bataillons rangés de la Place Clichy, le Cercle Montmartre a un goût d’avant-guerre. Il fut construit en 1901 et ses dimensions à donner le vertige, son carrelage comme on croyait qu’il n’en existait plus, son immense verrière colorée en guise de plafond, tout enfin concourt à en faire un véritable petit bijou début de siècle. Il faut dire que Luc Richard, le maître des lieux, est historien d’art de formation : il n’y a qu’à voir, pour s’en persuader, ses yeux briller d’excitation lorsqu’il nous explique qu’il est en train de décoller le lino d’une des salles pour récupérer le carrelage d’époque caché dessous.
Voilà donc pour le flacon – l’ivresse, elle, se joue sur les tapis verts, ceux du billard et du poker. Autour des premiers, les âges se mélangent. Ici de vieux messieurs à la dextérité discrète, là de jeunes joueurs du dimanche qui viennent surtout boire une bière dans un cadre particulièrement original. Mais si vous traversez l’allée des billards, vous entrez dans le cercle de jeux de l’académie. Autre salle, autre ambiance : arbitres de table et poker décliné sous toutes ses formes règnent sur ces jeux de l’argent et du hasard. A noter notamment, l’ouverture récente d’une table de poker Hold’em. Sans bien sûr oublier l’élégant coin bar qui sert tant le réconfortant du malchanceux que le champagne de celui qu’a touché la grâce…
Le Cercle Montmartre, on l’aura compris, c’est avant tout une ambiance. Luc Richard la résume parfaitement lorsqu’il cite le thème d’une soirée qui s’y était déroulée voici quelques années : « cigare, billard, polar ». La société laïque a jeté aux oubliettes le fumeur de havanes et la loi de janvier sur le tabagisme a achevé de supprimer le sacro-saint barreau de chaise – mais le mythe rôde toujours. S’asseoir à une table de Texas Hold’em, c’est se prendre pour John Wayne. Regarder la boule valser entre les rouges et les blancs de la roulette, c’est être au Service Secret de Sa Majesté. Alors le cercle de Clichy-Montmartre devient, le temps d’un tour de table, le sommet du monde.
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 Photo N. Schiffmacher
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