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On vous le dit, on vous le répète : l’Eure-et-Loir, à une heure de Paris, regorge de trésors insoupçonnés (voir Cigale Nos 20, 27 et 28). À pied, à cheval, à vélo et bien sûr en auto, ce département ne cesse de surprendre. Du Perche, en passant par la Beauce et la vallée royale de l’Eure, les routes serpentent, se suivent et ne se ressemblent pas. Alors, pour s’évader en ce début de printemps, cap à l’Ouest et profitez des premiers rayons de soleil. D’autant que cette destination ne cesse d’innover dans tous les domaines.
Françoise Lemoine
CHARTRES : LA RENAISSANCE DU MOYEN AGE
La cathédrale de Chartres se refait une beauté. Ce n’est pas une mince affaire car la vieille dame dissimulait bien des secrets, des mystères et des surprises sous ses atours poussiéreux.
Chargé de la coordination de la cathédrale, Gilles Fresson n’en revient pas : les compagnons qui opèrent sur le chantier vont de découverte en découverte et ne cessent de s’émerveiller. D’abord, après avoir démonté le toit de la tourelle surmontant le transept sud afin de vérifier, quelque peu inquiets, l’état de la construction, ils ont constaté, émerveillés, qu’elle n’avait quasiment pas bougé grâce à une ingénieuse imbrication des pierres et que celles-ci, datant des XIIème et XIIIème siècles, étaient pour la plupart intactes. Elles avaient bien mieux résisté au temps que d’autres introduites dans l’édifice au XIXème siècle ! Ahurissant. Au point que Gilles Fresson et ses équipes ont décidé de laisser en place et de restaurer ce qui était authentique et d’époque. Admiratifs et respectueux du travail d’antan, ils ont alors spécialement confectionné une brosse composée de différents poils d’animaux pour nettoyer sans détériorer ces pierres ancestrales. Chaque soir cette précieuse brosse, unique en son genre, est enfermée dans un coffre comme un pur joyau.
Chartres est une cathédrale miraculée. Malgré les ans, les intempéries, les incendies, les guerres, non seulement les pierres ont résisté mais également 96% des sculptures et, plus étonnant encore, 83% des vitraux ! Même les enduits, pourtant si fragiles d’ordinaire, ont la vie dure. 20% seulement ont dû être restaurés et, à cette occasion, des graffitis sont apparus, permettant de dater leur application. Sur un mur, les compagnons ont ainsi dévoilé cette inscription devant laquelle ils se sont inclinés : 1594 ! Que nos fabricants d’aujourd’hui en prennent de la graine.
Plus surprenant : la couleur immaculée des enduits d’origine. Aujourd’hui, restitués, ils en arrivent presque à choquer tant nous n’y étions plus habitués. Et pourtant c’est vrai que lorsque l’on grimpe en empruntant les deux kilomètres de dédales secrets interdits au public, ce blanc vif et pur de l’époque gothique appliqué sur les colonnes et les arcs fait ressortir les lignes, transfigure la vision de la cathédrale et lui fait gagner en légèreté et cohérence. Gilles Fresson se permettra certainement d’atténuer l’éclat du blanc afin de ne pas heurter l’œil des fidèles et des visiteurs peu coutumiers des pratiques moyenâgeuses dont nous ferions pourtant bien de nous inspirer, puisque neuf siècles plus tard elles nous donnent encore des leçons.
C’est si vrai que le coût des travaux de restauration de la cathédrale prévus jusqu’en 2014, financés par l’Etat, la Région Centre et l’Europe, et estimés à 6,2 millions d’euros nous paraît brusquement insignifiant.
Chartres en Lumière du 17/04 au 18/09. Comme chaque année, à la tombée de la nuit, la cathédrale rehaussée de couleurs renoue avec son passé.
LA FERTÉ-VIDAME: A LA POINTE DE LA TECHNOLOGIE
Remonter le temps en appuyant sur une touche, mettre le présent au service du passé : c’est ce que propose le département de l’Eure-et-Loir. En un simple clic sur un iPod on peut aujourd’hui visiter le parc de 60 hectares de la Ferté-Vidame ou se replonger dans le siècle des Lumières. Animateur au syndicat d’initiative de ce bourg de 787 âmes, à l’orée du Perche, Gaël Renaudin n’est pas peu fier de cet outil dont s’enorgueillit sa commune : « C’est une première, nous sommes les seuls à utiliser cet outil pour la visite d’un château. »
En charge du projet, Nicolas Loriette confirme : « L’audio guide est déjà dépassé. L’iPod permet d’avoir un musée dans la poche et de s’y déplacer à sa guise. Nous proposons un produit innovant qui permet d’accéder aussi bien à des articles de fond qu’à des digressions historiques. »
Comédien et scénariste, Philippe Lipchitz a ainsi imaginé une rencontre entre deux familles qui font part de leurs remarques et commentaires tout au long de leur parcours historique et littéraire. C’est en effet dans ce château – son château – que Saint-Simon se retira pour immortaliser le siècle des Lumières dans ses Mémoires.
L’apport de la haute technologie est sans conteste un plus majeur, voire une véritable révolution pour le tourisme culturel car là où il ne reste que des ruines, comme à la Ferté-Vidame, le virtuel permet de suppléer l’imaginaire. Là où il ne reste qu’un tas de pierres, apparaîtra sur votre écran, grâce à des gravures, des documents, des films, ce qu’il y avait à cet endroit, qui y vivait et comment. Une reconstitution visuelle se substitue à ce qu’évoquaient des guides plus ou moins talentueux, et l’avancée est énorme.
D’un simple effleurement du doigt, le visiteur peut choisir son programme en fonction de ses centres d’intérêts, retrouver et s’attarder sur les 150 mètres de la façade, inspirée du château de Chambord, ou se plonger dans les secrets des glorieuses familles s’étant succédées dans les lieux : les Vendôme, les Ferrière, les Saint-Simon, les Bourbon-Penthièvre, Louis-Philippe…
Grâce à cet iPod Gaël Renaudin espère bien faire exploser le nombre de visiteurs qui tourne actuellement autour de 14 000 par an. C’est fort possible.
Syndicat d’initiative de la Ferté-Vidame : 02 37 37 68 59 www.oreeduperche.com. Location de l’iPod : 5€. Rendez-vous littéraire le 5 septembre pour participer à la remise du prix Saint-Simon, attribué depuis 1975 à l’auteur d’un volume de mémoires et de souvenirs.
ANET: LE DESTIN EN OR DE DIANE DE POITIERS
Le château d’Anet s’apprête à recevoir en grande pompe les cendres de Diane de Poitiers le 29 mai prochain. Des festivités sont prévues tout au long de la journée : spectacle Renaissance dans le parc de 2 hectares ouvert exceptionnellement au public, tournois, fauconnerie, tir à l’arc, grande parade costumière, le public est invité à jouer le jeu en venant habillé en costumes d’époque. Un service de location est prévu pour cela à l’office de tourisme d’Anet. À la tombée de la nuit un feu d’artifice clôturera la journée. Le matin, les cendres de Diane de Poitiers seront portées dans la chapelle funéraire et déposées dans le caveau en marbre blanc et noir qui trône au milieu de la pièce en briques roses « Afin que le ton soit le plus juste possible, nous avons voulu une cérémonie sobre et non scénarisée », précise Gwenaël O’Neill de l’Office culturel départemental.
Le parcours de Diane de Poitiers, décédée à 66 ans, exceptionnel pour l’époque, est d’un bout à l’autre atypique, non seulement durant toute sa vie mais même après avoir rendu son dernier souffle.
C’est en 1548 que le roi Henri II, âgé de 16 ans, lui construit le château d’Anet, joyau de la Renaissance. Éperdument amoureux de sa nourrice Diane de Poitiers, de vingt ans son aînée, il en fait sa favorite malgré son mariage avec Catherine de Médicis. Belle, intrigante, sportive, et veuve de son mari Louis de Brézé, elle exerce sur le roi une influence complexe. Très attachée à son physique, elle se bichonne, prend chaque jour un bain d’eau froide, se passe du lait d’ânesse sur le corps, et absorbe même des gorgées d’or, persuadée qu’il s’agit là d’un élixir de jouvence : « Une hygiène remarquable pour l’époque », souligne Josiane Segouin, responsable des visites et régisseur du château avec son mari depuis plus de 30 ans. Remarquable certes, mais excessive, imprudente et cruelle, car son souci de rester jeune va tuer Diane.
Elle meurt en 1566. Sa sépulture ainsi que celle de ses 2 petites filles sont profanées par les révolutionnaires en 1795. Leurs corps embaumés sont jetés dans la fosse commune du cimetière municipal d’Anet. Lors de fouilles entreprises en 2008 l’équipe du Dr Philippe Charlier, du service de médecine légale de l’hôpital universitaire Raymond Poincaré de Garches, analysent différents ossements, et notamment un péroné et un tibia présentant une fracture nette. C’est un indice majeur car Diane s’était fracturée la jambe droite après une chute de cheval, un an avant sa mort. Cette découverte permet de retrouver et de reconstituer les dépouilles de Diane et de ses deux filles. Mais il y a plus surprenant encore. Des examens toxicologiques sur une mèche de cheveux de Diane révèlent un taux d’or 250 fois supérieur à la normale : une dose mortelle ! Son teint diaphane, trop pâle, décrit par Brantôme, le chroniqueur de l’époque, serait donc dû à une intoxication fatale provoquée par les gorgées d’or absorbées chaque jour. À trop vouloir être belle, elle est morte en beauté.
Château d’Anet 02 37 41 90 07
www.chateaudanet.com. Prix des festivités : 5€ pour les adultes gratuits pour les moins de 18 ans.
HÉBERGEMENTS
Calme et charme
Entre Chartres et Rambouillet, à Garnet, le Moulin de Lonceux est un petit coin de paradis au cœur de la Beauce. Ce ravissant moulin à eau du XVIIIème, un des derniers en activité, offre cinq chambres d’hôte auxquelles il faut ajouter un gîte installé juste en face, dans l’ancienne gare du village. Le tout forme un ensemble agréable et harmonieux. Canards, cygnes, oies batifolent dans un parc de 2 hectares autour de la Voise, sous l’oeil envieux de faisans Isabelle consignés dans une volière. Le mouvement régulier de la roue à aube invite à la flânerie. Pressoir et anciennes écuries ont été transformés en chambres. Murs en silex et torchis pour l’une, mangeoire et râtelier en décoration pour une autre. Peintes en blanc et ficelle, toutes ont un charme fou : « Le but était de conserver des matériaux authentiques tout en proposant un très grand confort », explique la charmante hôtesse, Isabelle Heitz, par ailleurs cavalière émérite. Comme elle, les amateurs de sports équestres apprécieront de pratiquer tout près du moulin. S’ils le souhaitent, ils pourront même venir avec leur propre cheval… Pour explorer ce joli coin, les non cavaliers pourront utiliser des vélos électriques mis à leur disposition. À moins qu’ils ne préfèrent taquiner le goujon. Bref, tout est prévu pour ne pas s’ennuyer. Endroit idéal pour décompresser, mais aussi, pourquoi pas, pour assister à un séminaire où travail et détente se conjugueront à merveille. Une vaste salle est prévue à cet effet.
Moulin de Lonceux Garnet – 28700 Oinville-sous-Auneau – Tél : 06 70 00 60 45 – www.moulin-de-lonceux.com – Prix : entre 72 et 130€ la nuit pour 2, petit-déjeuner compris.
Spa et gastronomie
Le Grand Monarque, trois étoiles, au centre de Chartres, propose depuis peu un SPA. Entièrement rénové, cet ancien relais de poste composé de 55 chambres a su marier modernisme et authenticité. Restaurant gastronomique une étoile au Michelin, brasserie sous la verrière, lounge bar, partout l’ambiance est cosy et feutrée. Autre atout, la formule « Be by Monarque » propose des activités diverses et variés : cours de cuisine avec le chef, aventure sérénité, journée au SPA…
Le Grand Monarque – 22 place Epars – 28005 Chartres – Tél : 02 37 18 15 15 – www.hotelgrandmonarque.com – Prix des chambres : 124/180€
Insolite
Huttopia au cœur du Perche. Cabanes sur pilotis, cahuttes en bois avec toit en toile, canadiennes, Huttopia conjugue confort et proximité de la nature dans 10 hectares de forêt, autour de l’étang de Badouleau. Ce camping tendance tient compte bien sûr des contraintes environnementales. Des matériaux écologiques ont été utilisés pour éviter les déperditions de chaleur et des toiles ignifugées pour une protection solaire. Tout a été prévu pour jouer les Robinson Crusoé et passer un séjour agréable en famille : piscine naturelle, plage de 300m2, aire de jeux, mais aussi bar, restaurant, épicerie.
Huttopia – Etang de Badouleau – 28250 Senonches – Tél : 02 37 37 81 40 – www.huttopia.com
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