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Saint-Ouen
Le marché aux plus de Paris


Le célébrissime Marché aux Puces de Paris est aussi celui de tous les superlatifs : le plus grand, le plus visité, le plus diversifié et le plus riche des marchés au monde. Et le plus inattendu.

Christian Rol et Sabine Corvec

09H30 : Préambule Porte de Clignancourt : le Plateau.
Bien sûr, depuis leur création en 1885, les Puces ont changé d’aspect. Le Périphérique et quelques tours incongrues ont largement dévisagé les alentours ; alors qu’une nouvelle population confère à la Porte de Clignancourt de faux airs de Bamako et Barbès Rochechouart à quelques stations de là. Ici, les chiffonniers et crocheteurs qui devenaient brocanteurs en achetant à des particuliers leurs objets usagés pour les revendre sur la Plaine de Malassis ont été remplacés par ces Français venus d’Afrique qui perpétuent à leur manière la tradition du textile bon marché et des objets à quelques Euros.

09H45 : « Futur antérieur » au marché Serpette.
Des seize marchés qui forment les Puces, le marché Serpette est le plus prisé des stars de cinéma (Sharon Stone s’y rendit récemment) et plus généralement des particuliers à fort pouvoir d’achat qui s’offriront sans façon un vieux comptoir en zinc et un billard rutilant ou des armes de collection. Christian Chacun officie là depuis vingt ans comme spécialiste du XXème siècle et de l’Art Déco en particulier. « Je mesure ma chance d’être un élément au cœur de ce village fabuleux, unique au monde. Nous sommes 2 500 exposants, jamais les mêmes, qui perpétuons l’héritages des Puces centenaires. » Le marché Serpette, longtemps voué à l’export en direction des USA, a vu sa clientèle américaine déserter Paris à partir de 2001 (attentats contre le World Trade Center et Euro fort obligent) mais se console avec les Russes, les Chinois et les Japonais (sans oublier quelques Français). Avec ses millions d’Euros de chiffre d’affaires, on ne s’étonnera pas que tant de richesses attisent les convoitises des malfaisants. « La mauvaise réputation des Puces est derrière nous. Un réseau de caméras et six vigiles par marché découragent les voleurs qui sévissaient autrefois. Quant aux tarifs à la tête du client, c’est une vieille légende qui n’a plus de fondement puisque les prix sont désormais étiquetés ». Catherine Deneuve est sa plus fidèle cliente quand Monica Belluci et d’autres Belles du Seigneur s’arrêtent régulièrement devant ses trésors.
Allée 6 - Stands 14/15 - 110, rue des Rosiers - 93400 Saint Ouen - M° Porte de Clignancourt - www.futur-anterieur.com – e-mail : christianchacun@hotmail.com

10H30 : Marché Biron.
L’un des plus anciens marchés, « doré sur tranche » railleront les contempteurs du XIXème clinquant, rassemble les vieilles familles de brocanteurs et d’antiquaires. Deux allées - l’une couverte, l’autre pas - longent les derniers salons opulents du second Empire, de la Restauration et de la IIIéme République naissante qui achèveront leur destin du côté de Beverley Hills, Shanghai ou Kiev. L'allée couverte quant à elle offre à la vente des meubles et objets rustiques fortement prisés par une clientèle française et étrangère. Frédérique Morel Zysset, à cheval sur les deux derniers siècles, est présente depuis vingt-trois ans pour la grande joie des amateurs d’Art Nouveau, de Bronzes et de verrerie 1900. « Ma clientèle en Art Nouveau est surtout japonaise, italienne et américaine. Les Russes et les Emirats sont davantage portés sur le Napoléon III ». Pour cette inconditionnelle des Puces, la notion de concurrence n’a rien de désagréable : « La bonne ambiance qui règne tient peut-être au fait que si l’un de nous travaille bien, cela profitera aux autres. Et puis, le marché Biron est dans les magazines internationaux, les grands hôtels. Et, pour l’instant, nous demeurons un marché français. Contrairement à Paul Bert et Serpette qui ont été rachetés par un grand groupe étranger. » Charles Aznavour, Bernard Pivot, Alain Ducasse, Bernadette Chirac, la famille royale de Thaïlande et … Bruce Springsteen (entre autres) viennent ici pour de petites emplettes signées Gallé, des bouchons de radiateur signés Lalique et quelques bagatelles versaillaises. Les prix des articles proposés sont pour leur très grande majorité tout à fait accessibles au grand public.
Stand 10 - Allée 1 - 93400 Saint Ouen - antic1900mz@wanadoo.fr

11H00 : Marché Vernaison.
L’esprit « broc » hante joliment le marché Vernaison et son labyrinthe de ruelles tendues de lierre et de venelles. Ce petit coin de France sous cloche amusera les incrédules professionnels qui évoqueront un village Potemkine à l’usage des touristes étrangers ; mais les guinguettes, le bric-à-brac environnant (et ses effluves de naphtaline) et une indicible permanence de l’esprit populaire des Puces d’antan nous pousseront à coiffer un Panama et à chausser des guêtres comme ce collectionneur (et milliardaire) américain fasciné par le Paris début XIX ème. « Les Puces sont ma deuxième maison après mon pied-à-terre parisien, nous dit-il. Je viens tous les deux mois de Houston pour choisir des meubles, des bibelots et des vêtements que je fais acheminer par conteneur. J’ai eu ma pédiode XVIII ème siècle français mais c’est fini depuis que j’ai lu les Liaisons dangereuses et Sade, nous explique-t-il dans un français qu’on ne parle plus à l’Institut en nous invitant à le visiter quelques jours dans son manoir néo-Tudor planté en plein Texas.

11H30 : Marché Vernaison (suite).
Depuis quinze ans, Françoise Schuler règne sur ses antiquités et ses textiles tendus entre le XVIIIème siècle et 1920. Costumes anciens, éventails nacrés, sacs à mains au cuir patiné racontent presque deux siècles peuplés d’élégantes et de Précieuses. Cet ancien professeur de danse classique, puis nageuse de haut niveau dans les ballets aquatiques et enfin directeur technique national (de la fédération sportive) a très tôt affirmé son goût pour les antiquités, et les puces en particulier, au point d’y consacrer une autre partie de sa vie. « En venant une fois par mois pendant des années ici, j’ai fini par connaître tous les trucs et les astuces qui permettent d’acheter moins cher aux Puces. Et surtout je nourrissais ma passion en me meublant selon mes goûts ». Ses produits très spécialisés sont achetés exclusivement en France (« Le grenier du monde indubitablement » affirme-t-elle) au cœur de nos provinces. Une clientèle de collectionneurs, de décorateurs et de gens de cinéma se pressent du monde entier en son boudoir visité par la chanteuse Barbara Streisand en juillet dernier.
Allée 1 - N° 33 - dschuler@club-internet.fr - Website : antictex.com

12H00 : Marché Dauphine.
Le plus récent et le plus foisonnant marché des Puces est un autre Saint Frusquin pittoresque qu’il fait bon parcourir en chineur ou amateur de vieux livres qui s’en remettront à Jacques Desse au Carré des Libraires (stand 207). En sa boutique Falbalas, Françoise de Fligué, collectionneuse de costumes anciens, est passée du statut de cliente aux Puces à celui de marchande. Du XVIIIème aux années 1960, de Marie-Antoinette à Paco Rabanne, le prêt-à-porter de nos arrière-grands-mères côtoie la haute couture de nos tantes à héritage avec pour garantie d’authenticité l’œil et le savoir-faire d’une jeune femme très sollicitée par les grands couturiers et le cinéma qui trouveront chez elle des modèles uniques. « J’aime les Puces parce que, contrairement à Paris, la clientèle est illimitée, mondiale. Ici, nous ne connaissons pas la routine et l’ambiance entre nous tous est excellente. D’ailleurs, l’aspect le plus agréable de notre métier est de vendre le week-end alors que nous passons le reste de la semaine à chiner, à acheter et à parcourir la France ». Le prix de l’exclusivité commence à 50 Euros. Se visite aussi pour ses belles chaussures à l’ancienne façon bottier.
Falbalas. Stand 284/285, 140, rue des Rosiers - 06 89 15 83 82

13H00 : Les Puces sur le pouce
D’innombrables restaurants et guinguettes offrent au visiteur un répit avant de retourner chiner. Le restaurant Le Paul Bert, avec son vieux zinc, sa large terrasse et sa situation exceptionnelle au carrefour de toutes les nostalgies est une belle adresse très prisée des touristes en shorts. La Péricole, à l’écart de la foule, est un restaurant bar d’initiés où se retrouvent les professionnels des Puces qui disposent là d’un calme relatif. La bonne humeur de Gilles Bourgeois (le propriétaire qui tient à préserver sa tranquillité) et celle de son personnel sont une valeur ajoutée à ce bel établissement exclusivement dédié à la cuisine traditionnelle proposée par un menu qui change tous les jours. Quant aux pâtisseries, elles sont faites Maison et fondent dans la bouche à l’instar des propos tenus ici même où des sympathies réciproques peuvent se conclure par d’excellents conseils ; et, pourquoi pas, d’excellentes affaires.
Menu à 15 Euros - Menu enfant 11 Euros.
La Pércicole, 2, rue Jules Vallès - Tel/Fax : 01 40 12 44 80 - lapericole.fr.

15H00 : Marché Jules Vallès.
120 stands sous deux allées couvertes ponctuent notre promenade au cœur des Puces légendaires. A côté de ce marché dédié aux armes anciennes, aux affiches, disques, bronzes et objets insolites, les vides greniers de nos bonnes cambrousses, très en vogue, feront pâle figure. Si vous ne trouvez pas ici ce que vous cherchez c’est que cela n’existe pas. Dans ses 900 m2, Marianne Rodriguez (associée à son époux Albert) est du genre à trouver ce qu’on ne cherche pas : par exemple, telle boiserie ayant appartenu à l’avionneur Marcel Dassault ou des cheminées monumentales. Comme ses pairs, cette sympathique et dynamique chineuse professionnelle sillonne la France en quête de la bonne fortune. « Je fais cent mille kilomètre par an pour trouver des pièces. Hier, à Deauville, j’ai acheté une chambre à coucher Louis XV rien que pour la superbe sculpture du lit où s’exhibe une femme nue ». De Sydney à Rome, les décorateurs du monde entier accourent chez cette dépositaire de l’héritage français qui n’imagine pas de quitter un jour ses Puces. « Quand on a connu cet univers, on ne peut plus s’en passer ».
15, rue Jules Vallès - Tél : 01 40 10 20 01 - 06 07 04 47 47 - www.rodriguez.com

16H00 :
Emmanuel Rouchec est né en Italie et parle un français fortement teinté d’intonations britanniques. Certes, avec ses objets à la gloire de Walt Disney et ses meubles neufs il n’est pas le « pucier » le plus représentatif mais son affabilité est un privilège qu’on ne négligera pas. Pas davantage ses créations, car il est avant tout décorateur, qui tiennent dans de belles lampes à la pâte de verre. « Je suis arrivé il y a 25 ans aux Puces en croyant y rester trois ans. Mais je ne crois pas que je ferai 25 ans de plus. Notamment à cause des Asiatiques et leurs meubles neufs qui sont en train d’envahir le marché. » Cette vérité, largement partagée par les riverains, trouve, hélas, des justifications justes en face de son échoppe.
La décoration Anglaise. 36, rue Jules Vallès - Tél. : 01 40 11 54 44 - 06 19 42 40 67 - www.ladecoration anglaise

16H30 : La guerre en gants blancs.
Le Passage Vallès-Lecuyer ressemble à ses cousins parisiens du IXème arrondissement. Avec ses cartes postales anciennes, ses perles de pacotille et ses boutiques endormies, la coursive sent bon le grenier de province. Michel Mauvet, lui, décline sa passion de la chose militaire au point de posséder trois jeeps de la dernière Guerre Mondiale et des centaines de casques, uniformes et armes ayant appartenu aux quatre belligérants des deux boucheries du XXème siècle. Confirmant à lui seul que le journalisme mène à tout à condition d’en sortir, cet ancien du Parisien et de Paris Première qui a commencé là il y a huit ans en installant ses tréteaux au dehors, vend et achète de belles pièces qu’il part chercher jusqu’aux USA. « Je travaille avec les musées et le cinéma. J’ai même fourni trente casques de Poilus pour Un long dimanche de fiançailles, le film de Jean-Pierre Jeunet. » Poussant le détail jusqu’aux limites de l’infiniment précis, Michel peut même satisfaire tel collectionneur de dix-sept ans venu en quête d’un rasoir de l’US Army au moment du D Day. Quant aux vestiges de l’armée hitlérienne (casquettes, dagues et autres objets décorés de la swastika), ils sont discrètement relégués dans le fond du stand afin d’épargner les susceptibilités légitimes. « Je veux bien que ma vocation soit purement historique mais je ne tiens pas à provoquer quiconque avec ces insignes de sinistre mémoire. D’ailleurs, mon intérêt va surtout à tout ce qui est américain. » Pour preuve, ce blouson d’aviateur au cuir rapiécé après que son propriétaire a eu à déplorer un éclat d’obus lors d’une mission. « C’est un ancien pilote qui était aussi correspondant de guerre. Il a aujourd’hui quatre vingt seize ans et il m’a donné son blouson. Une vraie pièce de musée ! ». Les amateurs de la guerre de 1870 trouveront aussi de belles reliques à se mettre sous la dent.
Passage Vallès-Lecuyer - stand 11. Tél. : 06 08 26 86 62.

17H00 : Docks de la Radio.
A moins d’être monopolisé par un intérêt bien précis, les Puces se goûtent évidemment pour leur diversité et les Déballages, les brocs, les tréteaux, les magasins de pièces détachées qui relient la partie haute des Puces à sa partie basse. Les amateurs de vieux mécanismes de montres trouveront leur bonheur, aussi bien que les propriétaires de radios des cinquante dernières années. Pour ceux-ci, les Docks de la Radio constituent l’adresse idoine. Un amoncellement parfaitement rangé de matériel audio, de stéthoscopes, de magnétos et téléphones s’entasse chez Jean-Pierre Vachey et son épouse présents depuis cinquante-cinq ans (les plus anciens puciers) « Il est évident que les Puces n’ont plus rien à voir avec ce que j’ai connu enfant, lorsque, tout autour de nous, il y avait la « zone », ce périmètre militaire après la guerre. Il y avait les manouches et les forains qui s’installaient là. En fait, je ne retrouve pas la vraie vocation des Puces. Avant, il y a avait beaucoup de particuliers bricoleurs qui venaient aux Puces pour trouver des pièces mais avec la société de consommation, on jette sa télé sur le trottoir pour un interrupteur défaillant. Moi, je stocke des milliers de pièces à partir d’un vieux matériel et je vends à de vieux bricoleurs qui ne veulent pas se séparer de leur matériel ». De vieilles radios en bois, aussi grosses que des Juke-box illustrent parfaitement l’utilité de ces Docks où, là aussi, les copies chinoises envahissantes seront stigmatisées… Mais les Docks sont davantage qu’un simple magasin, et plus certainement un lieu où l’on célèbre l’esprit parigot - gouailleur, ingénieux et bienveillant - sans le moindre artifice, généreux en anecdotes et résolument indispensable. L’une des meilleures adresses de Saint Ouen.
34, rue Jules Vallès - Tèl. : 01 40 11 09 90 - Email : 01 40 11 33 65

17H30 : Quand les Puces s’endorment.
Le Marché Paul Bert, ses petits pavillons recouverts de vigne vierge et ses marchands alanguis, est peut-être le plus charmant des épilogues qu’on puisse conseiller. On s’y promène en ne sachant plus très bien qui vend quoi en nourrissant cet étrange sentiment de vouloir posséder tout ce qui y est entreposé. En particulier, ce qui ne sert à rien. Rompant radicalement avec la brocante et le mobilier de nos grands-mères la boutique « Carpentier » exhibe ses meubles en ailes d’avion et son zinc chromé pour des réalisations futuristes. Ce « détournement d’avion », ainsi qu’il est promis, est un autre aspect des Puces où tout est concevable. Les Puces ferment tôt et une seule journée n’épuisera pas la curiosité des néophytes qui regarderont les rideaux de fer tomber en même temps que le soir. Les chiens s’ébrouent tandis que les maîtres s’étirent après une longue journée, assis dans un fauteuil épuisé. Comme nous !
Carpentier - Marché Paul Bert -Stand 9 - Allée 1 - Tél. : 06 09 69 22 96. www.carpentier-antiq.com

 
Photo N. Schiffmacher
Photo N. Schiffmacher

Marché Vernaison (Photo N. Schiffmacher)
Marché Vernaison (Photo N. Schiffmacher)

Photo N. Schiffmacher
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Photo N. Schiffmacher
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