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Dans le magma bétonophile dont se pare souvent notre horizon francilien, il est parfois anachronique de se retrouver dans une « allée des vignes », une « impasse du vieux pressoir » ou une « rue vineuse ». Ces appellations viticoles, qui troublent notre ordonnancement urbain, rappellent que Paris et sa région furent, dans les siècles passés, une terre de vin au même titre que le Bordelais ou la Bourgogne.
Jean Lapoujade
Tout commença à l’époque lutécienne. Touche sensuelle et élégante des orgies gallo-romaines, le vin était déjà un phénomène culturel. De Pierrefitte à Montmorency, de Suresnes à Montmartre, chaque butte ensoleillée s’illuminait d’un vignoble, véritable autel au dieu Bacchus.
Au Moyen Age, la viticulture devint l’apanage plus austère des monastères. Ils instruisirent un commerce lucratif et donnèrent au vin parisien une réputation qui dépassa les frontières du royaume de France. Il s’exportait dans tout le nord de l’Europe, chez des peuplades pas encore converties à la petite bière.
Ce succès œnologique ne se démentira pas tout au long des cépages de l’Histoire de France.
En 1577, les bourgeois - gros propriétaires de vigne – imposèrent, dans Paris, leur vin chichiteux aux amateurs de la dive bouteille. A l’extérieur des murs se développèrent alors des cabarets populaires, ancêtres de nos bars à vin, où l’on s’encanaillait autour du guinguet, un petit vin frais et paillard. Tout naturellement ces établissements deviendront des Guinguettes.
Au XIXe siècle le chemin de fer entraîna une arrivée massive de vins de Touraine et de Bourgogne. La production francilienne commença à tanguer. L’épidémie de phylloxéra de 1879 sonna le glas fatal aux aspirations viticoles de l’Île de France.
Mais, loin de l’allégorie du béton triomphant du cep, Montmartre garda son âme vineuse. Des Trois Baudets à la Pomponnette, du Lapin agile à la Mère Catherine, la résistance à la tentation aquaphile s’organisa. Et, en 1933, 2000 pieds de vigne refleurirent sur les flancs de la butte. Le vin francilien irrigua à nouveau les veines hédonistes du peuple montmartrois.
Depuis, la confrérie du Clos Montmartre veille au salut de ces grappes. Elle organise chaque année, à l’occasion des vendanges, des agapes bachiques d’un bon tonneau.
Cette année la fête des vendanges se déroulera du 7 au 11 octobre.
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