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Poisson péché ou poisson d'élevage?


Les poissons marins couvrent 20 % des apports en protéines de 2,6 milliards de Terriens. Dans un contexte de tension sur l'approvisionnement alimentaire de la planète, les ressources de la mer représentent un enjeu stratégique.

Antoine Waechter

Or, les prélèvements excessifs se traduisent par un effondrement des stocks (1) de poissons : 24 % des stocks mondiaux sont épuisés ou surexploités et 52 % sont en équilibre, incapables de supporter un effort de pêche supplémentaire. La hausse du prix du poisson à l'étal du poissonnier est une des traductions concrètes de la raréfaction de certaines espèces.

Dans un tel contexte, le consommateur averti peut être tenté de préférer les produits d'élevage aux produits sauvages. L'aquaculture s'est beaucoup développée au cours des vingt dernières années, au point, par exemple, que la production de saumons élevés dépasse maintenant le volume des pêches de saumons sauvages. Contrairement aux apparences, ces élevages ne diminuent pas les prélèvements sur les milieux marins. En effet, les espèces consommées sont des poissons prédateurs, que les éleveurs nourrissent en grande partie (jusqu'à 60 %) avec des farines et de l'huile de poissons sauvages. En d'autres termes, l'aquaculture concurrence les espèces sauvages en prélevant massivement sur leur stock de nourriture.

Les poissons d'élevage présentés sous le label "bio" n'échappent pas à ce constat : ils présentent au moins l'avantage de la qualité, leur nourriture ne comportant pas de farines animales (déchets de viande et produits d'équarrissage) et les végétaux qui participent pour 30 % à leur alimentation sont issus de l'agriculture biologique.

La sauvegarde des ressources de la mer passe par une limitation raisonnée des prélèvements. Or, ces derniers augmentent, en moyenne, de 2 % par an. Une partie des pêches alimente les usines d'engrais !

D'autres causes expliquent l'effondrement des stocks de poissons : les pollutions charriées par les cours d'eau vers la mer, les déchets déversés dans l'océan, la destruction des milieux marins. Le réchauffement climatique pourrait aussi avoir des effets négatifs.

La convention du droit de la mer signée sous l'égide des Nations Unies en 1982 vise à reconstituer les stocks en 2015. Mais, de nombreux pays ne l'ont pas ratifié. L'instauration de quotas de pêche et la limitation de la puissance des chalutiers se heurtent à de fortes résistances.

Ce n'est pas devant l'étal du poissonnier qui vous propose des espèces menacées comme le Sabre, le Grenadier, l'Empereur, la Morue, le Saumon sauvage … que nous devons avoir mauvaise conscience : ces prélèvements sont contrôlés et gérés par l'Union Européenne. Mais, nous devons prendre conscience que l'ensemble des enjeux planétaires (biodiversité, ressources alimentaires, pollution des eaux, énergie, changement climatique, croissance démographique …) trouvent leur expression sur cet étal.

(1) Un stock est la population d'une espèce dans un secteur géographique donnée

 


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