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Par Françoise Lemoine
Les petits théâtres pullulent à Paris. Pas un mois sans qu'une nouvelle salle ne voit le jour, mais beaucoup ferment aussi "On a beau être passionné, il arrive un moment où l'artihmétique joue", ironise Michel Rougeron, responsable du théâtre Le Mélo d'Amélie. Depuis peu, les directeurs de salles rivalisent d'imagination pour sortir leur épingle du jeu. On multiplie les programmations, on jongle avec les horaires, mais on innove aussi en jouant la carte, bar à vin ou restaurant avant de voir un spectacle. Ces initiatives sont vues d'un mauvais œil par les responsables des grandes salles qui rendent responsables les petites scènes, de la désaffection du public. Pourtant, elles permettent souvent à de jeunes artistes de faire leur preuve. Sans elles, beaucoup ne seraient jamais poussés de l'ombre à la lumière.
"Si autant de salles se créent, c'est bien la preuve que cela correspond à un besoin et que les théâtres publics ne répondent plus à cette attente",témoigne encore Michel Rougeron.
" Plus le vivier est important, mieux c'est et il y a de la place pour tout le monde, estime pour sa part Marie-Caroline Burnat, ancienne directrice du Point Virgule, qui s'insurge "contre ce macarthisme artistique" et de relativiser : "Reste à savoir, bien sûr si les artistes et le public y trouvent leur compte.". Apparemment c'est le cas. Projets sous le bras, les artistes sont nombreux à frapper aux portes de ces petites salles, qui souvent restent closes. Certaines, en revanche, les accueillent bras ouverts comme au Bec Fin, rue Thérèse (2ème). Le lundi est le jour réservé à ceux qui débutent dans le métier : "Ils présentent cinq à dix minutes de leur spectacle devant le public, explique Pascal Chadaigne, le nouveau maître des lieux. Ceux qui sont retenus, reviennent plus tard dans la soirée pour le présenter plus longtemps. Si le résultat est toujours aussi concluant, on prévoit de le programmer ultérieurement. Nous sommes toujours à l'affût de nouveaux talents". C'est d'ailleurs ici que Dominique Lavanant, Pierre Palmade, François Morel, Edouard Baer, et bien d'autres encore se sont fait les dents.
Le Bec fin est l'exemple même de la multiplication des programmes. Pas moins de trois séances par soir : "Ce n'est pas de la dispersion, se justifie Pascal Chadaigne, mais j'apprécie le mélange des genres". Ainsi, dans une même soirée on assistera aussi bien à un One man show, qu'à un Stand Up avec plus d'interactivité avec le public, qu'à une pièce de théâtre. Le mercredi et week-end en matinée, des spectacles pour enfants sont également prévus.
Dans cet ancien claque de Marie-Thérèse d'Autriche, il faut passer par le restaurant décoré bien sûr de velours rouge, pour pouvoir se rendre à la petite salle de 50 places au 1er étage. Elle doit être restaurée cet été. Un lifting qui ne sera pas superflu….
Même principe Côté Cour, 12 rue Edouard Locroy (11ème) ouvert par la metteur en scène Hélène Zidi-Cherouy, il y a plus de trois ans. Au départ, cet ancien dépôt d'électricité était prévu pour perfectionner les acteurs professionnels entre deux séances de casting. Au fil des ans, le théâtre s'est agrandi pour devenir un petit bijoux avec de jolis vitraux à l'ancienne "nous sommes passés des bancs, aux fauteuils, plaisante la fille de Claude Zidi. Et là encore, on a innové en lançant un bar à vin qui accueille le public avant d'entrer dans la salle. "Tous nos bénéfices sont réinvestis dans le théâtre, souligne Hélène, mais c'est surtout le laboratoire d'acteurs qui finance les spectacles."
"A moins d'être richissime et de vouloir s'offrir une danseuse, il faut trouver d'autres biais que le théâtre pour s'en sortir, renchérit son mari et collaborateur Frédéric Cherouy. Et la culture vit mieux de la limonade…".
Quand Hélène Zidi, voit le chemin parcouru par certains spectacles, elle crie "banco". Ainsi "Tenue de soirée," la pièce créée il y a un an : "Nous l'avions présentée au mois de juillet, à Avignon, aujourd'hui elle est reprise au Théâtre Rive Gauche. Bientôt elle partira en tournée. C'est une belle aventure". Autre exemple de réussite : "Les Tocs" qui ont cartonné au festival Off à Avignon et qui se produisent actuellement à "La Nouvelle Eve". Comme au Bec Fin, Côté Cour propose chaque mercredi, samedi et dimanche, après midi, un spectacle pour enfant.
Le Funambule, 53 rue des Saules (18ème) n'est pas non plus en reste. Ce théâtre de 100 places propose sept spectacles par semaine. Les propriétaires, Julien Huteau et Sandra Everro, deux jeunes comédiens âgés tous deux de seulement 26 ans, ont repris ce théâtre depuis six mois " Un théâtre permet de pérenniser notre activité, estime Julien. C'est vrai qu'il y a un risque, mais la vie d'artiste n'est pas non plus facile tous les jours. Et puis il faut bien un jour se lancer". Apparemment ils ne s'en sortent pas trop mal : "C'est très fluctuant, mais avec 40% de remplissage pour un début, il ne faut pas se plaindre", précise le jeune homme qui lui aussi a opté pour une programmation très variée: "Certaines pièces commerciales sont retenues pour compenser celles, plus difficiles, qui risquent d'avoir moins de succès.". Le jeune propriétaire a conscience que le public vient avant tout pour s'amuser "mais le rôle d'un théâtre n'est pas forcément de divertir, mais aussi de traiter des sujets de fonds, même s'ils ne font pas toujours recettes", estime-t-il. Pour compenser le manque à gagner, Julien Huteau produit des spectacles. Et, lucide, il ajoute : "La seule façon de s'en sortir est bien sûr de rencontrer le succès" . Ce n'est pas Jean-Pierre Bigard, directeur du Palais des Glaces, qui le contredira. Voilà maintenant plusieurs années que ce théâtre programme plusieurs spectacles dans sa petite salle de 100 places : "Un directeur de théâtre doit assurer un minimum garanti", affirme le frère de l'autre…. On s'en sort donc mieux en multipliant les programmations ."
Jean Le Coüedic, directeur du théâtre de l'Ile Saint-Louis, aime également le mélange des genres. Dans ce petit écrin de velours rouge, d'une cinquantaine de places, dont on ne soupçonne même pas l'existence, en longeant le Quai d'Anjou, concerts, poésie, pièces de Marivaux ou de Marguerite Durras sont ici présentés. "C'est la qualité des textes qui décident de mon choix, explique cet homme à la crinière blanche. Et même s'il n'a que trois spectateurs dans sa salle, il se déclare ravi :" Quand on voit la concurrence que ce font les théâtres, je bénis le ciel que certains aient décidé de venir chez moi".
Le Bec fin : 6, rue Thérèse Paris 1er. Tél : 01 42 96 29 35
Le théâtre de l'Ile-Saint-Louis : 39 Quai d'Anjou. Paris 4ème Tél : 01 46 33 48 65
Le Funambule : 53, rue des Saules Paris 18ème. Tél : 01 42 23 88 83
Côté Cour : 12, rue Edouard Locroy Paris 11ème. Tél : 01 47 00 43 55
Le Mélo d'Amélie : 4, rue Marie Stuart Paris 2è. Tél : 01 40 26 11 11
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