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A soixante ans (ou presque) Jean-Louis Gouraud a publié une centaine de livres consacrés aux chevaux, traversé l’Europe depuis Paris jusqu’à Moscou sur une selle et parcouru le monde pour épancher sa passion. Pour ne pas clore ce chapitre ouvert dès l’enfance, le meilleur ami des chevaux vient de lancer une revue littéraire exclusivement consacrée à la plus noble conquête de cet homme qui préconise la circulation (réglementée) des chevaux dans Paris.
Christian Rol
D’abord, le personnage force la sympathie ; comme tous les adultes qui ont cultivé une part d’enfance. Celle de cet aventurier (car il s’agit bien de cette espèce rare) ne fut guère dorée et pourtant très tôt orientée vers ces chevaux qu’il aime tant. En recourant à la littérature pour étayer un amour si bellement partagé par des plumitifs, Jean-Louis Gouraud a publié une anthologie intitulée « Le cheval est une femme comme une autre » (Pauvert). « De la Bible à nos jours, la comparaison entre les femmes et le cheval n’a jamais cessé, dit-il. Il faut bien reconnaître au cheval une certaine féminité. Physiquement, c’est évident. La crinière d’abord. Quant à la démarche, comme l’écrivait Valéry, c’est une ballerine qui marche sur des pointes. Et je ne parle pas de la croupe…Mais même sur le plan psychologique, bien que je n’y adhère pas, ne dit-on pas d’un cheval qu’il est fougueux, capricieux ou fantasque ? Comme une femme ». Non, le personnage n’est ni misogyne ni fou mais maladivement amoureux des chevaux.
Généalogie d’une passion
« Je ne suis pas né dans l’univers du cheval, même si mon grand-père avait été palefrenier à Saumur mais j’ai toujours été fasciné par ces créatures. Dès l’enfance, quand les jeunes gens de mon âge tapissaient leurs chambres de photos de chanteurs ou d’acteurs, moi j’affichais des chevaux. A l’adolescence, quand ma mère m’a laissé prendre le métro seul, j’allais très souvent rue d’Orléans où il y avait un manège minuscule où j’observais ces animaux. Pour moi, c’était un temple. A force de me voir là souvent, un vieux palefrenier, un ancien jockey cassé de partout, m’a chargé de donner des soins aux chevaux. C’est ainsi que j’ai commencé l’équitation. En faisant du « tape-cul » pendant des années. » La suite se passe de commentaires mais non point de ces chevaux qui accompagneront Jean-Louis Gouraud tout au long de sa vie. Même s’il gagne celle-ci comme rédacteur en chef du magazine Jeune Afrique - puis comme éditeur - qui lui permettra de voyager abondamment … et de monter à cheval. « Je n’ai pas la moindre explication pour tenter d’expliquer mon amour des chevaux qui m’a poussé à écrire et à publier des centaines de livres. C’est comme ça. C’est tout ».
La chevauchée fantastique
C’est même un peu plus grave que cela quand on sait que le personnage a traversé l’Europe sur une selle pour relier Paris à Moscou (plus de 3000 kilomètres en 75 jours !) lors du bicentenaire de la Révolution. « C’était une sorte de défi que m’avait lancé un ami russe, vétérinaire de son état, en faisant valoir que lors du centenaire de la Révolution française un officier russe avait relié Kiev à Paris où se tenait l’Exposition universelle. Je suis donc parti un mois de mai, que je croyais être la meilleure période. J’avais deux chevaux que j’utilisais en alternance puisque ce qui fatigue l’animal ce sont les kilogrammes et non pas les kilomètres. Jusqu’en Pologne, c’était presque confortable, mais arrivé en Russie, les chevaux et moi-même avons dû subir les moustiques et des taons jour et nuit. Sans parler des camions qui nous doublaient sur la « route olympique », une ligne droite de mille kilomètres ». Le périple, autorisé par les premières ouvertures de la Perestroïka et les relations haut placées de l’intrépide, s’achèvera triomphalement sur la Place Rouge et à l’hippodrome de Moscou où les chevaux héroïques seront ovationnés par une foule dont le cavalier parle encore la larme à l’œil. « Il n’y a rien de plus beau que lorsque les hommes rendent hommage aux animaux » Souvenir d’autant plus vibrant que ce Globe trotter revient juste d’une chevauchée fantastique en Sibérie où il repartira bientôt. « J’ai besoin des chevaux et des steppes immenses » confie-t-il, lui qui est également l’artisan de la réhabilitation d’un cimetière pour chevaux voulu par l’Empereur Nicolas 1er à Saint Petesbourg et tombé en désuétude après la Révolution de 1917. « Cent vingt sépultures de chevaux, c’est unique au monde et cela méritait d’être conservé ».
Chevaux, boulot, dodo
Cette vie de passion ne pouvait pas ne pas avoir de répercussions sur le quotidien de ce parisien de naissance qui préconise la présence de chevaux dans la capitale. « A Vienne, New York, Londres, Rome et Berlin les chevaux s’inscrivent très bien dans le quotidien et les rues ; pourquoi pas Paris ? Remettre des chevaux dans Paris redonnerait de l’humanité et un cachet à cette ville où on ne voit jamais un fiacre. Même si cela va contre les oukases des écologistes délirants de la Mairie de Paris qui ont jugé que les animaux de la garde Républicaine « polluaient » ». Renseignements pris, le Code de la Route ne proscrit pas la circulation aux chevaux et les pollueurs circuleraient plutôt sur deux jambes que sur quatre pattes. D’ailleurs, pour désarçonner ces petits marquis qui montent sur leurs grands chevaux, Jean-Louis organisait une cavalcade du Bois de Boulogne jusqu’à l’Hôtel de Ville en avril 2006. « Avec une vingtaine de copines (de cheval) portant des Tee-shirt où était inscrit « Le cheval à Paris » nous avons traversé Paris comme à la parade, en ordre serré ». La cause n’est pas gagnée mais elle est entendue. En attendant, nous lirons le premier numéro de « Cheval, Chevaux » la revue littéraire de haute tenue initiée par cet original qui a écrit sa vie comme un roman. A lire comme un remède… de cheval.
Cheval, Chevaux. (Octobre 2007 Editions du Rocher, 18 €.)
Pour la gloire (du cheval) (2006 -Editions Favre)
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  Sur la place Rouge  J-L Gouraud et Utin
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