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De la rive droite à la rive gauche, le cours de la Seine est aussi un cours d'histoire, une visite académique ou une promenade buissonnière sur les plus beaux quais du monde.
Sabine Corvec et Christian Rol
09H30 L’Île Saint-Louis prend la mouche
« La Maison de la Mouche », spécialiste de la pêche concernée, est présente sur le Pont de Sully depuis 1934. À la barre, le jeune couple Dubois succédant d’un seul « i » à la dynastie Dubos dont le patriarche, banquier de son état et pour le moins passionné, choisit alors de transformer sa banque… en magasin de pêche. La saga familiale perdurera jusqu’à ce qu’Alain Dubois et sa femme, très liés à la famille fondatrice, reprennent il y a cinq ans l’affaire en déliquescence. « J’avais un lien affectif avec la famille et cette boutique où j’ai beaucoup appris puisque je suis moi-même pêcheur à la mouche », nous explique cet Auvergnat de Paris qui n’hésite pas à sillonner les deux rives de l’Île Saint-Louis, gaule en main, pour taquiner la perche ou le goujon. La boutique, où l’on a conservé le comptoir de la banque défunte, est une invitation au chuchotement des rivières sereines loin de la ville alors même qu’une nouvelle mode en provenance d’Amérique – le « street fishing » (« pêcheur de rue », littéralement) – voit de plus en plus de salariés sortir du bureau, ligne en main, plutôt que dans les narines, pour aller plonger l’hameçon entre Bercy et le Pont Mirabeau et au-delà. Pêche aristocratique par excellence, cette pêche « propre » très joliment promue par « La Maison de la Mouche » à la proue de l’Île Saint-Louis s’accompagne d’un matériel élitiste et de beaux vêtements, dont de magnifiques couvre-chefs Stetson exposés aux reflets d’argent de la Seine. Référence ultime dans le milieu, Alain Dubois a vu débarquer chez lui l’acteur américain Tommy Lee Jones et, en voisin, Daniel Auteuil et Georges Moustaki, fort connu des commerçants alentour pour ses demandes réitérées de « remises ». Avant de se faire moucher bien sûr… Mais l’ami Dubois, en riverain de l’Île fustige aussi la colonisation de celle-ci par les « nouveaux » Russes ; et l’attitude des nouveaux acheteurs de l’Hôtel Lambert à proximité – le joyau prétendument « sauvé » par le Ministère de la Culture – qui débarquent « à la maison » escortés de policiers et de voitures à gyrophare. « Moi, conclut-il, personne ne m’escorte quand je viens ouvrir ma boutique le matin »… On ne lui demandera pas quelle mouche l’a piqué.
1, boulevard Henry IV - Île Saint-Louis (4e) - 01 43 54 60 46 - contact@lamaisondelamouche.com - www.lamaisondelamouche.com - M° Sully Morland ou Pont Marie. Sur demande : cours de pêche particuliers pour débutants ou de perfectionnement à la pointe de l’Île Saint-Louis sur la Seine…
De la rive droite à la rive gauche,
le cours de la Seine est aussi un cours d’histoire, une visite académique
ou une promenade buissonnière
sur les plus beaux quais du monde.
10H45 L’Île sans lui
Le Quai d’Anjou, celui d’Orléans, de Bourbon ou le Quai de Béthune encerclent l’Île Saint-Louis (voir Cigale N°7) très légitimement rebaptisée l’Île aux Trésors, sinon l’Île aux Pipoles tant ceux-ci s’y concentrent. Moustaki et Daniel Auteuil, certes, mais également Edouard Baer, Guy Bedos (les bons sentiments mènent à tout à condition d’en sortir) ont succédé à d’autres « célébrités » comme Philippe Le Bel, Camille Claudel, Pierre Drieu La Rochelle, Georges Pompidou ou Mick Jagger. Feu Pascal Sevran, garçon coiffeur monté en grade, y expira en inspirant à quelques commerçants victimes de son indélicatesse proverbiale le définitif « J’aime mieux habiter l’Île Sans Lui ». Sur cette petite Venise au cœur battant de Paris, les trésors (hôtels particuliers, appartements, femmes du monde et chambres de bonne) n’ont pas de prix. Ou plutôt si : jusqu’à 25 000 euros le m2. Un détail pour les Russes, Américains et Italiens, richissimes propriétaires désormais de Saint-Louis Island.
M° Pont Marie
11H30 on the road…
Retour sur le continent, quais Montebello et de la Tournelle d’où l’on embrasse la perspective de Notre-Dame. Le restaurant « La Bouteille d’Or », quai Montebello, est parmi l’un des plus vieux de Paris (mais pas des meilleurs) totalement immergé dans le jus environnant qui prend sa source au Moyen Âge. Plus loin, en direction du quai Saint-Michel (avis aux agoraphobes), la non moins antique librairie américaine « Shakespeare & Company » vaut le détour. Un grenier, un boudoir ou une caverne ? Un peu de tout cela à la fois. À l’intérieur, au milieu d’une sympathique bohème anglo-saxonne, Terry Craven, un jeune Britannique à l’expression autrement plus subtile que celle de nos lycéens et « élites ». « Depuis 1951, lorsque le propriétaire actuel (la famille Whitman, des Américains) a racheté la librairie, l’idée a été d’inviter de jeunes anglophones passionnés de littérature (comme moi) à venir ici. Y compris pour dormir. D’ailleurs, j’ai dormi ici souvent tout en travaillant à la librairie et en promenant le chien du propriétaire. » Un joli méli-mélo absurde, très britannique, règne donc dans cette fourmilière qui fleure bon la Beat Generation, Dylan Thomas et les sixties de Bob Dylan. « Pour moi, renchérit-il, le Quartier latin a encore cette dimension littéraire, un parfum d’Hemingway ou de Beckett, hors les clichés ; et chaque jour je me pince en passant devant Notre-Dame et le Quai Saint-Michel. Comme beaucoup de gens ici, j’écris en nourrissant le projet de réunir un Cercle de jeunes écrivains anglophones de Paris. » Même si vous n’entravez pas le moindre anglais, on ne saurait trop vous conseiller cette adresse US plus digeste qu’un fast food.
À noter : Shakespeare & Co. organise le Festival du livre au Parc René Viviani - Thème : Storytelling & Politics - du 18 au 20 juin 2010 - www.festivalandco.com
37, rue de la Bûcherie (5e) - M° Saint-Michel - 01 43 25 40 93
www.shakespeareandcompany.com
terry@shakespeareandcompany.com
13H00
marchez aux fleurs !
Dans le prolongement des marches du Palais, marchez jusqu’au Marché aux Fleurs pour ses quelques mètres carrés de verdure en bordure du quai de la Corse. Christophe Casacca et son épouse y tiennent boutique (à l’enseigne « Vertige ») depuis 19 ans. Avec pour spécialité la fleur coupée. Pas par hasard ni par cooptation mais plutôt par vocation. « Ma grand-mère avait un stand ici même et j’ai appris à aimer les végétaux quand j’étais enfant. Comme pour les bouquinistes, la Ville de Paris nous accorde une concession. L’avantage c’est que le loyer est dérisoire. » C’est déjà cela de gagné, d’autant que les affaires ne sont pas florissantes. « J’ai un lien sentimental avec cet endroit que j’aime aussi pour son calme en plein Paris ; mais je réalise surtout mon (petit) chiffre d’affaires avec les aménagements de terrasses des particuliers. » Parmi eux : un rare client millionnaire de temps à autre, des touristes attirés par sa très jolie boutique et des Parisiens à la main verte. On aimerait louer la fameuse ambiance « villageoise » à laquelle les Parisiens nouvelle génération voudraient croire mais Christophe dément cette belle utopie. Pour les clients que nous sommes, demeure le charme incontestable, l’ambiance artisanale et, surtout, des prix beaucoup plus raisonnables que ceux exposés aux devantures des chaînes.
« Vertige » - Marché aux fleurs - 44, place Louis Lépine (4e)
M° Saint-Michel - 01 44 07 04 20 - casacca.christophe@neuf.fr
12H00
36, quai des orfèvres
Déjeuner dans les environs ? Si le (haut le) cœur vous en dit… Sautez plutôt un repas et le pont Saint-Michel pour rejoindre l’Île de la Cité et le Palais édifié au siècle de Philippe Le Bel. La fameuse et superbe annexe du 36, Quai des Orfèvres est hélas gâtée par l’agrégation de paniers à salades et autres véhicules de la maison qui préfigurent la Sainte Chapelle, le Palais de Justice… et la prison adjacente (la Conciergerie, toujours en activité sous d’autres énoncés). Avec ses sous-sols et ses kilomètres de galeries, sa « souricière » pas très souriante menant à des cages dignes de Louis XI n’est pas accessible au public qui ne verra donc pas les « prévenus » désormais avertis s’entassant des jours entiers en attendant la Justice des hommes (en robe).
14H00
quai macquet
À quelques pas de là, vers la proue nord de l’Île de la Cité, le Quai de l’Horloge longe la Conciergerie pour déboucher sur la Place Dauphine, cocon coquet, et pénates des Signoret Montand (et plus si affinités). La boutique Muranese, spécialisée dans les objets de verre soufflé est le fruit d’une passion ; celle de Cécile Macquet, Docteur-Ingénieur en physique des matériaux et Lauréate en 2000 du Prix de la Villa Médicis, qui perpétue la tradition antique du travail sur le verre de Murano (l’île italienne bien méconnue). La jeune et charmante Lénissia reçoit au milieu de lampes, bijoux, objets d’art multicolores signés Moretti, Alain Guillot et autres designers réputés qui trouvent là une galerie à leur mesure. Le plus du verre Murano ? Son éclat et sa transparence, et le secret de sa malléabilité longtemps préservé. Ce qui frappe, ce sont les couleurs flamboyantes, acidulées ou pastel appliquées selon des techniques anciennes à partir d’aciers (le rouge, le plus précieux puisque né de l’or). Des objets exceptionnels destinés au quotidien (plats, verres, coupes, vases) rendent accessible cet art ouvert qui se décline aussi en parures et bagues luminescentes. L’austère Quai de l’Horloge, ses gris magistrats, ses avocats et ses pandores trouvent avec la vitrine Muranese une source de lumière bienvenue.
29, Quai de l’Horloge (1er) - 01 44 07 31 89
06 10 68 05 71 - M° Cité - info@muranese.com
www.muranese.com
15H00
quai voltaire,
théâtre boccador
En traversant le Pont Neuf, on aboutit à la rue de Nevers, aussi étroite qu’à sa création (XIIIe siècle) qui annonce, selon une chronologie anarchique, le Quai Conti et l’Hôtel des Monnaies où l’on continue de frapper monnaie, médailles (et contribuables). Nous laisserons l’édifice sans histoire, ou presque, pour l’Institut de France, le joyau signé Louis Le Vau. Hélas, l’enceinte, toisée par la coupole, demeure inaccessible au commun des mortels ; alors même que certains des Immortels y cultivent le paradoxe d’avoir un pied dans la tombe et l’autre aux « Grosses Têtes ». Puis, vient le Quai Malaquais monopolisé par les Beaux-Arts qu’il faudra bien songer à rebaptiser. Le Quai Voltaire, ses antiquaires et ses antiquités (le couple Chirac entre autres) succèdent au néant ; et la galerie de Jacqueline Boccador – 80 printemps d’intelligence, de culture et de gentillesse – accordent toute leur place au Moyen Âge, à la Renaissance et au XVIIe siècle. Dix enfants, deux labradors et des études de médecine n’ont pas détourné madame Boccador de sa vocation précoce qui l’érigera vite en historienne de l’Art (plusieurs ouvrages, dont un en préparation, font autorité) et en expert près la Cour d’Appel de Paris. En entrant dans son musée, on entre dans l’Histoire. Des statues datant de l’An 1400, des tapisseries médiévales et un mobilier massif et subtil à la fois constituent son environnement quotidien, une sorte de théâtre Boccador. On est donc très loin d’Ikéa mais au plus proche du Louvre, juste en face, où l’on s’en remet encore à ses lumières d’experte. « Je publie aussi des vers et je peins. L’Art est une forme d’oxygène et le Quai Voltaire est certainement un poumon… »… du moins une artère – l’une des plus belles de Paris – dont on déplorera quand même le vacarme de la circulation automobile.
1, Quai Voltaire (7e) - 01 42 60 75 79 - jboccador@wanadoo.fr
M° Rue du Bac, Louvre ou Pont Neuf
16H00
quai d’orsay :
de l’assemblée aux égouts
Le très élégant Quai d’Orsay, son musée, ses pompes (en croco) et ses œuvres… déplore depuis longtemps la disparition de la piscine Deligny où, le printemps venu, garçons coquets et filles aux seins nus s’assoupissaient en même temps que les députés de l’Assemblée Nationale. Le Président de la dite Assemblée réside au n°35, en l’hôtel de Lassay, pied-à-terre idéal avec vue imprenable sur la Seine, parking privé, triple séjour, commerces et métro à proximité, quartier tranquille… Prix : 40 années d’intrigues. Quant au Ministère des Affaires Étranges chapeauté par Bernard Kouchner, on en perçoit les fastes depuis les grilles qui mènent aux confins augustes du Pont Alexandre III et de l’esplanade des Invalides. La suite est une alternance d’ambassades, d’embrassades et d’hôtels particuliers ; jusqu’à l’Église Américaine où desperate housewives et jeunes filles au pair alimentent une atmosphère bon enfant de patronage (65, quai d’Orsay - 7e). Et le prestigieux Quai d’Orsay de s’achever dans les égouts. Du moins à leur visite depuis l’accès du Pont de l’Alma (Tél. : 01 53 68 27 81). Ce périple d’une heure sous les pavés présente un double intérêt, technique et historique, où l’on va de Philippe Auguste à Haussmann (et son ingénieur Belgrand) en sillonnant une infime partie du réseau parisien composé de 2100 kilomètres de galeries. À vous de voir… ou pas, et de longer le Quai Branly et l’ancien domicile de la famille morganatique de François Mitterrand jusqu’à la Tour Eiffel, ses foules bigarrées. Après, c’est un paysage de grues, de tas de sable, un Paris post-industriel qui préfigure Boulogne et son île Seguin – Renault ayant été désossé au profit d’un projet aussi sinistre que fumeux signé Jean Nouvel.
18H00 la preuve
par (pont) neuf
Réduire la Rive Droite au seul périmètre compris entre l’Hôtel de Sully et le Pont Neuf ? Certes, non. Pour autant nous laisserons les perspectives monumentales du Trocadéro, du Palais de Tokyo ou les belles réalisations du Grand Palais, la majesté du Louvre, le Châtelet, la Tour St Jacques, etc. à l’appréciation de chacun. Puis il y a nos chers bouquinistes, qui entretiennent la poésie du pavé. Jacqueline et Robert, 87 ans, juste à la sortie du métro, préfèrent cette vie au grand air depuis 35 ans plutôt qu’une retraite devant la télé. « Nous vendons des gravures anciennes, des copies mais aussi des originales. Et puis, bien sûr, les classiques (Balzac, Flaubert, etc.). Mais il faut bien dire que les touristes préfèrent les babioles. Cela, et les vols dont nous sommes victimes, ce sont les principales évolutions du métier. » Pour autant, ni les hivers ni les tours Eiffel en toc ne décourageront ces piliers du Pont Neuf de plier leurs gaules. Tentez de tailler un bout de gras, ils sont un livre à eux seuls.
18H30
quai de l’hôtel de ville
Contrairement à ce que stipule la démocratie participative, ce n’est pas le Maire de Paris qu’on peut visiter mais la Mairie de Paris. Plus exactement l’Hôtel de Ville (info : www.paris.fr). Avec ses flèches, pointes, cariatides, tourelles, faux donjons et vrais Don Juan, ce palais de toutes les révolutions (construit, démoli, assailli, incendié puis reconstruit) et lieu de ralliement de toutes les émotions est un salmigondis d’architectures où s’enchevêtrent les âges. Un peu à l’écart, rue du Pont Louis Philippe, la boutique « Orphée » ne jure en rien. Richard Charbit y vend et restaure des instruments de musique anciens depuis 17 ans. Objets de décorations pour certains (guitares XVIIe ou XVIIIe, harpes signées du luthier Cousineau, « fournisseur » de Marie-Antoinette puis de Joséphine de Beauharnais), « outils » de travail pour de grands musiciens classiques ou contemporains, ces pièces de collection appartiennent indubitablement à l’histoire. Et, bien sûr, à celle en particulier de l’impétrant, ancien prof de gym (!), fort heureux de cette reconversion sur le tard qui lui permit de troquer la fréquentation des cancres pour celle de grands artistes internationaux. « L’une des sœurs Labèque est venue ainsi que le guitariste John McLaughlin ou Claude Nougaro. Le cinéma fait appel à moi (j’ai loué 2 guitares pour le « Marie-Antoinette » de Sofia Coppola), j’ai des chefs d’orchestre français, des instrumentistes… » Il y a six ans, l’heureux homme eut même le privilège rare (à nos oreilles d’adulateur) de voir entrer chez lui un certain Paul McCartney. « Il était avec une superbe blonde de 20 ans, ce qui m’a un peu choqué vu la différence d’âge (je n’ai su que le lendemain via la télé qu’elle était sa fille) ; mais c’est quelqu’un de très sympathique. » D’autant plus sympa que le Beatles paya cash un instrument ancien. Richard Charbit ne se contente pas d’être commerçant, il achète aussi et étudie toute proposition même si l’instrument est en très mauvais état. Passionné de musique et d’instruments, cet autodidacte enseveli sous les siècles de lutherie parcourt les routes à la recherche de ses pièces ; et sept restaurateurs – un pour chaque catégorie d’instrument – lui prêtent main forte. Et s’il n’est pas toujours aussi enthousiaste qu’on pourrait imaginer quant à la vie sur les bords de Seine, pour l’instant, heureusement, la musique adoucit les maux et les mots.
8, rue du Pont Louis Philippe (4e)
01 42 72 68 42 - 06 07 38 66 42
orpheemusic@wanadoo.fr
www.orpheemusic.com
M° Pont Marie ou Hôtel de Ville
Téléphoner avant de passer.
19H30 quai navo
Qu’elle fut considérée de gauche ou de droite, la Seine a cet effet de réconcilier les plus récalcitrants avec Paris. à cette heure du printemps et du soir, la plus belle ville du monde, vue depuis le quai de l’Hôtel de Ville, revêt ses habits de lumière que nous admirerons en musique et de bon appétit au Bel Canto (voir Focus) et en belle compagnie. Kenavo…
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 Photo N. Schiffmacher  Photo N. Schiffmacher  Photo N. Schiffmacher  Photo N. Schiffmacher
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