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LES PIEDS A PARIS, LE COEUR AU PAYS
Corse, Alsace, Bretagne


Comme chacun sait, on compte peu de Parisiens de souche à la capitale. Beaucoup sont venus de Brest, d’Ajaccio ou encore de Strasbourg, pour rejoindre les bords de la Seine. Un melting pot qui fait la richesse de Paris, mais les Corses, les Alsaciens et les Bretons restent attachés à leurs origines. La plupart ne rêvent que d’une chose: retourner au pays.

Françoise Lemoine


En tête des communautés régionales: les Bretons. Estimés à un million, ils font de Paris le sixième département breton. Quand les premiers sont arrivés au XVIIIe siècle, peu parlaient le français. Même pour réclamer du pain et du vin, ils utilisaient les mots de chez eux: « bara» et «gwin», d’où le terme «baragouiner». Ils ont fait de Montparnasse, gare d’arrivée de l’apparition du chemin de fer, leur QG historique. C’est dans ce quartier où ils ont posé leurs valises que l’on retrouve un grand nombre de crêperies aux noms évocateurs, comme «La bolée de Fouesnant», «Les Cormorans». Selon une étude réalisée en 2005 par l’association Paris Breton»(1), 900 000 personnes ayant un lien avec la Bretagne vivent en Île de France. 70 000 d’entre elles ont élu domicile à Paris, dont 4,5% dans le XVe arrondissement et près de 4% dans le XIVe. Vient ensuite l’agglomération de Versailles. C’est là que passaient les trains qui déposaient la main-d’œuvre bretonne au début du siècle.
«C’est l’espoir d’une vie meilleure qui a poussé les Bretons à venir s’installer à Paris, explique Philippe Chaim, responsable de l’association Paris-Breton. Après la deuxième guerre mondiale, les familles ont ensuite poussé les enfants à faire leurs études à Paris».

En tête, les Bretons
Fini le complexe de Bécassine, qui a longtemps marqué et culpabilisé les Bretons. De grands exemples de réussite ont contribué à la disparition de ce cliché. Ainsi, Patrick Le Lay, PDG de TF1, Vincent Bolloré, François Pinault, Yves-Thibault de Silguy, ancien commissaire européen… pour ne citer que quelques-uns, mais aussi combien d’anonymes.
Des liens charnels unissent toujours les Bretons à leur terre patrie. Le TGV avec des départs toutes les heures les rapproche de leur famille. En deux heures ils sont soit à Rennes, soit à Nantes. Idéal pour rejoindre leur résidence secondaire. Selon l’enquête, deux tiers des Bretons se rendent au moins une fois tous les trois mois en Bretagne et 56% envisagent d’y retourner définitivement. Entre 1999 et 2004, le flux de migration estimé à 30 000 personnes est devenu, selon l’Insee, beaucoup plus modeste.
Dans le domaine culturel, 44% déclarent participer à des manifestations bretonnes, dont la Mission bretonne(2). Une centaine d’associations sont recensées en Ile-de-France: «Elles sont composées de deux membres à six cents membres, ironise Philippe Chaim, responsable de Paris Breton, la dernière née. Cela va de l’organisation d’un banquet chaque année, à de nombreux fest-noz». En fait, une trentaine seulement propose des activités en lien avec le patrimoine culturel breton: danse, musique, apprentissage de la langue (plus de 15 000 personnes parlent le breton). «Le sentiment d’appartenance est très fort, poursuit le responsable de Paris Breton. On se rend dans ces associations pour partager une culture auprès de gens avec lesquels on se sent en harmonie».
L’Association des Cadres Bretons(3), tournée vers le développement économique de la Bretagne, organise quant à elle, des groupes de réflexion destinés aux chefs d’entreprise. «C’est la seule organisation à diffuser des informations récurrentes sur l’économie des départements bretons», se félicite sa présidente Maryvonne Henri, qui refuse de donner le nombre de ses adhérents.
Jean Simon Mahé, président de la Fédération des Bretons de Paris (600 membres)(4), regrette pour sa part, la désaffection du militantisme: «Le mouvement existe toujours, la preuve une activité bretonne est proposée chaque soir à Paris, mais l’individualisme ambiant fait qu’on s’implique moins. Malgré tout, on arrive à faire bouger les choses.» Même écho chez Sylvie Minard, responsable de la mission bretonne, (six cents adhérents) et professeur de danse bretonne: «J’ai toujours eu envie de faire partager ma culture et de créer du lien», déclare cette militante pure et dure, qui reçoit entre cinquante et soixante personnes à ses cours.
Le 13 mai, les Bretons ont célébré la Saint-Yves, à la mairie du XIVe, cœur de leur QG. L’occasion d’écouter de la musique celtique, de danser la gavotte et d’apprécier la gastronomie locale. Tous espèrent qu’elle détrônera la Saint-Patrick, fête mythique des Irlandais, qui a fait déplacer près de 20 000 personnes, à Bercy…

L'Alsace en force
Côté Alsaciens, bien que ceux-ci soient nombreux, les associations ne se bousculent pas. Leur présence à Paris est liée au refus de l’annexion de leur région à l’Allemagne, en 1870: «Des aubergistes alsaciens sont montés alors à Paris pour créer des brasseries, explique Bernard Kuentz, directeur de La Maison de l’Alsace(5). Au départ il s’agissait d’établissements populaires, maintenant ils sont devenus plus luxueux». Le Wepler, Lipp, Flo, Bofinger, pour n’en citer que quelques-uns… À cette époque, les Prussiens et Allemands n’étant pas très bien vus, beaucoup ont préféré franciser leurs noms. C’est comme cela que Floederer est devenu Flo et Lippmann, Lipp. L’Association des Alsaciens de Paris créée en 1871, jouait à ce moment-là, un rôle social auprès des exilés, aujourd’hui seules trois associations subsistent: l’Association des Alsaciens et lorrains de Rueil Malmaison (92), le cercle des juristes alsaciens qui regroupe cinq cents avocats, magistrats et juristes. Par ailleurs, des cours de langue, suivis par une quinzaine de personnes sont donnés à la Maison de l’Alsace: «Le bilinguisme se perd un peu, mais reste bien ancré en Alsace, témoigne Bernard Kuentz, qui se félicite de la nouvelle ligne de TGV qui, le 3 juin va relier Paris à Strasbourg en 2 heures : « Cette facilité d’accès va nous remettre sur les rails économiques et faciliter nos échanges culturels.»

De l'île de beauté
à l'Île de France
Pour les Corses, le grand écart n’est pas pour demain… Ils sont huit cent mille à avoir déserté leur si belle île pour venir s’installer à Paris: «Le monde associatif n’existe plus, déplore Sibin Ittori, directeur de La Maison de la Corse(6). En dehors des grands événements, nous ne nous rassemblons pas». Malgré tout, il se réjouit, d’avoir réuni à la Maison de la Corse, en janvier dernier, huit cents personnes pour le bicentenaire de la mort du Conseiller général Pasquale Paoli «Cela prouve que lorsque les médias donnent une autre image de la Corse, les gens sont intéressés». En revanche, il fera l’impasse sur le centenaire de la naissance de Tino Rossi: «il ne fait plus recette», se désole Sibin Ittori.


1 - Paris Breton. Maison de la Bretagne 203, bd Saint Germain 75007 Paris.
Tél 01 53 44 56 92
parisbreton@wanadoo.fr
2 - Mission bretonne
52, rue Delambre 75014 Paris.
Tél : 01 47 57 24 84
3 - Association des cadres bretons à la maison de la Bretagne. Tél : 01 69 01 50 83 E-mail : acb.sec@wanadoo.fr
4 - Fédération des Bretons de Paris à la Maison de la Bretagne
Tél : 01 53 63 11 50
5 - Maison de l’Alsace
39, av des Champs-Elysées 75008 Paris. Tél 01 53 83 10 00
6 - Maison de la Corse
13, rue Voltaire 92300 Gennevilliers.
Tél : 01 47 57 24 84
www.maisondelacorse.org

Mission bretonne
52, rue Delambre 75014 Paris
Tèl : 01 47 57 24 84
 
N. Schiffmacher
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