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Le primitivisme s'expose


Mouvement artistique né au début du XXe siècle, le primitivisme se réapproprie aussi bien les arts indigènes que les arts traditionnels occidentaux. L’angoisse des artistes face à la complexité croissante des sociétés industrielles les pousse à puiser dans des formes d’expresssion en rupture avec l'ivresse progressiste ou la froideur académique. La preuve en quatre versions.

Florence Lagarde

Version populaire : Séraphine de Senlis
(Prolongations jusqu’au 30 mars 09)
Le succès de l’exposition ne se dément pas : les toiles de Séraphine, cette inconnue issue d’un milieu des plus modestes, flattent le regard des visiteurs gagnés par cette énergie étonnante couplée à une palette très personnelle.
Classée parmi les primitifs modernes, cette femme dont la période de créativité est assez brève, est dévorée par la rage de peindre … à la folie. Ces toiles exubérantes l’ont effectivement consumée corps et âme, puisqu’elle a terminé ses jours dans un asile.
Sa psychologie pathologique (dirait-on aujourd’hui) lui dicte des compositions florales exfoliées qui se métamorphosent sous nos yeux en arbres de paradis. Le génie de l’autodidacte lui vaut désormais un patronyme ronflant : Séraphine de Senlis, ou la noblesse (posthume, évidemment) de l’art.
Musée Maillol - 61, rue de Grenelle - 75007 - métro Rue du bac

Version polytechnique : Asger Jorn
(Jusqu’ au 11 mai 2009)
Paris, années 30. Des artistes venus de toute l’Europe s’installent dans la capitale qui est alors un vaste laboratoire expérimental des Arts. Après quelques temps passés dans l’atelier de Fernand Léger, le jeune Asger Jorn s’exerce aux techniques des surréalistes. Ses dessins trahissent tous les cheminements de son parcours artistique, ses aspirations comme ses angoisses.
Il s’ouvre très jeune à un nombre considérable d’influences artistiques et culturelles, et s’intéresse à diverses techniques ou disciplines. La psychanalyse, les dessins d’enfant, la céramique… sa forte personnalité tranparaît dans ses dessins à l’encre où s’impose ça et là un curieux bestiaire peuplé de bacillles. L’ironie transparaît dans ces études, même aux périodes les plus difficiles de son existence.
Le succès arrive dans les années 50 : rares sont les œuvres qui témoignent de cette période. La tendance à l’abstraction de son œuvre s’affirme alors et la série d’aquarelles que l’on peut admirer à la fin de l’exposition est un vibrant hommage à Kandinsky.
La personnalité hors-norme de l’artiste nordique sous-tend toute son oeuvre mais un sentiment d’inachevement persiste au vu de cette collection qui témoigne des tâtonnements d’un artiste aux prises avec le questionnement moderne de la création.
De 11h à 22h - Centre Pompidou (Beaubourg) - place Georges Pompidou - 75004 - Métro Rambuteau ou Hôtel de Ville

Version Polynésienne : Mangareva
(Jusqu'au 10 mai 2009)
Le musée du Quai Branly propose de faire escale dans une île perdue du Pacifique: Mangareva… Le nom à lui seul est une invitation au rêve… Et pour cause ! Les missionnaires européens zélés du XIXe siècle ne nous ont transmis que peu de témoignages de cette civilisation originale de Polynésie.
La conversion au chrsitianisme de ce peuple, menée tambour battant avec autodafés à l’appui, a débouché sur une véritable théocratie… Las, son panthéon original, avec son arbre généalogique complexe, demeure à jamais incomplet. Esprits des ancêtres et dieux de rangs différents étaient objets de culte : les rares exemplaires conservés de cette statuaire de bois sont rassemblés là pour la première fois. Avec leurs corps d’enfant et leur tête surdimensionnée, on sait seulement que ces idoles étaient traitées comme des êtres vivants. Membres fléchis, elles semblent écouter celui qui les interroge du regard avec une pointe de hauteur.
Le cadre de béton rudoie quelque peu la nudité totémique de ces corps déchus, surprenante assemblée fantôme d’une civilisation perdue.
Musée du Quai Branly - 37, quai Branly - 75007

Version originale : Esthétique du fétiche
(Jusqu'au 10 mai 2009)
Le contexte est plus universel, plus facile d’accès. Nous voilà déjà en terrain plus familier : l’Afrique, et la sorcellerie…
Si la plupart des objets présentés sont composites et repoussants, c’est parce que leur forme ne fait pas sens en elle-même. Composés de déchets, ces instruments de culte servent en général d’intermédiaires entre le monde des vivants et celui des morts.
Le propre de ces objets de divination, c’est que leur forme est en perpétuelle évolution. Composés de matériaux disparates, ils étaient souvent habités d’une force invisible réactivée à chaque rituel par l’enduit de liquides : sang, boue, œuf, onguents… Les « fétiches » sont le produit d’une cuisine religieuse assez ragoûtante où interviennent des forces dangereuses.
Compositions insolites de squelettes mutilés, griffes, cornes, plumes, ligatures, clous… Au coeur des croyances populaires, entre art et ethnologie, mon esprit peine à reconnaître la dimension purement esthétique de l’exposition. En fait, le musée affiche une prise de position clairement ethno-centrée : les procédés de création des objets de culte fascinent toujours les créateurs contemporains… au mépris des ressorts religieux qui animent ces peuples « premiers ».
Musée du Quai Branly - 37, quai Branly - 75007

 
Asger Jorn
Asger Jorn

Séraphine de Senlis
Séraphine de Senlis

Mangareva
Mangareva

Esthétique du fétiche
Esthétique du fétiche

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