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Le vin baigne la politique depuis toujours. Des historiens n'hésitent pas à présenter la conquête des Gaules comme une guerre commerciale qui permit aux vins romains de conquérir de nouveaux marchés et aux légionnaires de se muer en viticulteurs coloniaux.
JGM
Comme toujours, l'affaire réussit trop bien et dès 92 après Jésus-Christ, l'Empereur romain domitien exigea l'arrachage d'une partie des vignes gauloises dont les vins inondaient les marchés italiques. La mondialisation, déjà !
Car le vin, symbole religieux, touche au pouvoir sous toutes ses formes. Il est bien normal que les courtisans et les lobbys cherchent à en jouer auprès des souverains. Vainqueurs, ils lèvent leur hanaps. Vaincus, ils "boivent le calice jusqu'à la lie".
Quand au Moyen-Age, le Roi de France reprend aux Plantagenêts la Normandie et l'Anjou, il simplifie la vie des Rois d'Angleterre, partagés jusque-là entre les exigences des viticulteurs Angevins et celles de leurs homologues Bordelais. Très tôt également, les princes doivent arbitrer entre les différentes productions agricoles. Ainsi au XVIème siècle, un duc de Bourgogne interdit la plantation du cépage gamay, " comme nuisible à la santé de l'homme ". Les gens du Beaujolais apprécieront...
En fait, il constate que leurs paysans cèdent à l'appât du gain, et préfèrent planter de la vigne que du blé, et dans la vigne les cépages les plus productifs plutôt que les plus qualitatifs.
La politique étrangère également jongle avec le précieux liquide.
Encore dauphin, et fâché avec son père Charles VII, le futur Louis XI n'hésite pas à envahir la Bourgogne, juste le temps de faire main basse sur la nouvelle récolte de Volnay. Le rapace avait du goût !
Sous Louis XV, le Duc de Richelieu introduit les Bordeaux à la Cour de France, ces " new french clarets " déjà célèbres à Londres. Dans le même esprit, mais bien plus récemment, vous verrez le long du Lot les carrés de vignes jouxter les parcelles de maïs. Même si la première déteste l'eau que le deuxième adore, ne doutez pas un instant que par l'onction de Maurice Faure ces vignes "pieds-dans-l'eau" bénéficient bel et bien de l'AOC Cahors...
La symbolique la plus ancienne réunit pouvoir et grands vins. Prenez le Clos de Vougeot : les parcelles élevées donnaient la "Cuvée des Papes". D'altitude moyenne, elles produisaient la "Cuvée des Rois", quand les terres les plus basses étaient réservées au vin des simples moines.
Le XXème siècle n'a rien changé : un commentateur a comparé le Classement des Bordeaux de 1855 à un "armorial".
L'homme de gauche en France a toujours balancé entre deux points de vue. L'austère, façon Robespierre, tend à se méfier du vin comme d'un autre "opium du peuple". Mais le XIXème siècle pourtant associa largement le vin à la République. Celle-ci, en supprimant les octrois à l'entrée des villes, avait fait baisser les prix dans les " assommoirs " populaires. Et l'ivresse rimant souvent avec l'émeute, le futur Napoléon III, encore président de la République, avait fait fermer bon nombre des cabarets parisiens où complotaient les amateurs... de barricades.
C'est au point que le radical socialiste Gambetta a pu glorifier en 1881 le Syndicat des Marchands de vin de la Seine comme ayant contribué "au progrès de la démocratie laborieuse".
Et maintenant Clémenceau. Il était vendéen et médecin. Pourtant, il fut député du Var où l'on produit du rouge, n'hésita pas à faire tirer sur les émeutiers viticulteurs du Languedoc. Pourtant cet homme de fer, rentrant chez lui, ne manquait jamais le détour par Saumur, où l'accueillait le Père Cristal dans son clos légendaire. Le même avait débuté comme maire de Montmartre (où une vigne subsiste encore) au temps de la Commune en 1870. Vous comprendrez donc que pareil homme ait pu être adulé par les Poilus chantant "La Madelon", ivres de désespoir et de picrate bromuré.
Mais le vin fut aussi nationaliste. Même au XVIIIème siècle, et encore ébloui par les merveilles de l'Italie, l'aristocratique Président de Brosse se fend d'un gaulois : "l'amour de la patrie, vertu dominante des grandes âmes, me saisit toujours à l'aspect d'une bouteille de vin de Bourgogne". Le XIXème siècle et les rivalités franco-anglaise et franco-allemande donnèrent quelques vendanges verbales exceptionnelles. Un exemple pour trinquer :
"Bon français, quand je vois mon verre,
Plein de son vin couleur de feu,
Je songe, en remerciant Dieu,
Qu'ils n'en ont pas en Angleterre."
Très récemment, la Revue du Vin de France a interviewé les candidats à la prochaine présidentielle. On ne sera pas trop méchant si l'on dit que les vins de Tursan n'ajouteront rien à la gloire du béarnais François Bayrou. Egale à elle-même, Marie-Ségolène a cru pouvoir confier qu'elle avait beaucoup appris en la matière au contact de François Mitterrand... qui s'en foutait comme de sa première campagne électorale. Quant à Nicolas Sarkozy, il ne boit rien, probablement un compte à régler avec ses ascendances hongroises, si l'on songe que le Tokay fut une gloire de l'Empire des Habsbourg avant de redevenir un fleuron de la Hongrie libérée. Jean-Marie Le Pen n'a jamais caché être un véritable amateur. C'est vrai qu'il y eut des vignes sur les collines de St Cloud, jamais dans la plaine de Neuilly. Ceci explique peut-être cela.
Espérons plus sérieusement que l'heureux élu aura le courage de changer la loi Sapin et de permettre aux vins français de faire leur pub, sauf à vouloir continuer de gâcher l'un de nos meilleurs atouts. Une suggestion : confier le dossier au futur Ministre de l'Identité Nationale.
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