|
Tout le monde connaît le moineau, cette boule de plumes effrontée qui pénètre jusque dans les halls de gare pour y chercher des miettes de pain. Il fait tellement partie de notre univers que nous ne lui prêtons aucune attention.
Antoine Waechter
Linné l'a affublé du qualificatif de "domestique", tant il est associé aux hommes, qu'il accompagne dans les villes et dans les villages. Or, voici que depuis une vingtaine d'années, son cousin des champs, dénommé "friquet", voit ses populations décliner. Et, à bien y regarder, notre moineau des villes se fait rare, lui aussi, dans de nombreuses localités de France. Les ornithologues ont estimé ses effectifs nationaux à environ 20 millions de couples à la fin des années 1990. Le moineau domestique, dont le poids n'est que le 1/2 000e du nôtre, est moins nombreux que nous d'un tiers.
Paris est l'une des villes de France où l'espèce est encore bien représentée. Ce n'est pas le seul animal libre qui se porte mieux dans la capitale que dans les campagnes voisines. Par exemple, le faucon crécerelle, principal prédateur du moineau, y est fréquent, alors qu'il a pratiquement disparu des grandes plaines céréalières environnantes. Mais, ses effectifs respectent le rapport pyramidal du prédateur à la proie: notre rapace le plus commun ne compte que 70 000 à 100 000 couples sur l'ensemble du pays, à comparer aux 60 millions de Français sur le même territoire.
Lorsqu'il est question de disparition d'espèces végétales ou animales, les regards se tournent vers les Orang-outan de Bornéo, la forêt amazonienne ou les ours blancs de la banquise. Il n'est pas nécessaire d'aller si loin pour mesurer la perte de biodiversité et la fragilité du monde vivant qui nous entoure. Avez-vous essayé de compter les papillons, les libellules ou les oiseaux qui peuplent les grandes cultures de la Beauce ou de la Brie? Dans cet environnement, Paris apparaît comme une oasis.
Ils vivent à côté de nous, ostensiblement comme le moineau ou discrètement comme la fouine. Nous les croyons innombrables au point de les penser invulnérables. Ce n'est pas le cas: la vie est partout fragile et l'enjeu de sa conservation se situe aussi dans la ville.
Le jour qui pointe est acclamé par le chant flûté d'un merle et par le pépiement de quelques moineaux bavards. Très vite, la rumeur croissante de la ville rend cette présence imperceptible au passant. Sauf ces quelques oiseaux qui vont mendier dans les halls de gare…
|
|
 N. Schiffmacher
|