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Le marché
Une figure millénaire qui reprend des couleurs


Le marché est une figure universelle et millénaire. Il accompagne toutes les sociétés organisées depuis l'Antiquité. Des villes ont grandi autour des marchés du Moyen Age, des cités ont décliné avec le dépérissement des grandes foires. Le "supermarché" a failli provoquer la disparition de ces lieux singuliers. Mais aujourd'hui, partout en France, les marchés reprennent de la couleur.

Antoine Waechter

Les étals de fruits, de légumes, d'herbes aromatiques, de saucissons et de fromages offrent aux chalands leurs couleurs, leurs odeurs suaves ou appétissantes, leurs ambiances provinciales. Le marché propose flânerie et contemplation, là où les surfaces commerciales répondent aux exigences d'un consommateur pressé et stressé. Il fait entrer dans la ville les campagnes proches ou lointaines, un air de ruralité et le parfum des terroirs au cœur de Paris. C'est sa dimension "esthétique" et culturelle.

Le marché est un lieu de rencontre : il met le "paysan" en relation avec le citadin (et réciproquement) et réunit volontiers une partie des habitants du quartier. Le "bouche à oreille" diffuse une information vernaculaire, qui raconte la vie des gens et de la cité.

Le marché crée une relation directe entre le producteur et le consommateur, sans intermédiaire. Il permet ainsi d'accéder à des produits frais à moindre coût tout en accordant une plus-value financière à l'agriculteur. C'est sa dimension économique. Or, la pénurie mondiale de céréales et l'envolée des cours du pétrole donnent aujourd'hui à ce circuit court de commercialisation un intérêt stratégique dans la modération des prix.

Mais, le marché ne peut jouer ce rôle qu'à condition qu'il existe dans l'environnement de la ville des producteurs couvrant l'ensemble des besoins (au moins les produits frais : légumes, laitages, oeufs), ce qui est loin d'être le cas, et que le consommateur retrouve le chemin de sa cuisine.

Enfin, le marché est une forme de résistance à la mondialisation qui ne véhicule, avec ses produits formatés, aucune valeur ajoutée du lieu et des hommes qui produisent.

"Faire son marché" participe donc d'un art de vivre et, peut-être, d'une autre vision du monde. Un marché ne se fréquente pas comme un supermarché, ni même comme une épicerie en self-service : vous ne pouvez pas y entrer avec l'objectif de faire les courses en cinq minutes. Il faut prendre le temps de s'imprégner du lieu, avoir les sens en éveil, être attentif aux scènes de la vie et disponible à la discussion …

 


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