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90 % des carottes d'origine espagnole et italienne, 82 % des raisins, 78 % des fraises et 50 % de tous les autres produits frais issus de l'agriculture conventionnelle contiennent des résidus de pesticides. L'organisme humain est envahi par les produits de dégradation des organo-phosphorés, dont des teneurs significatives apparaissent notamment dans le lait des femmes. Aux Etats-Unis, les analyses ont permis de recenser 200 polluants dans les cordons ombilicaux prélevés après la naissance.
Antoine Waechter
Cette contamination a longtemps été considérée comme inoffensive en raison de concentrations inférieures aux seuils de toxicité. Aujourd'hui, ces notions de dose n'ont plus guère de signification : certaines substances ont des effets pathologiques avec des teneurs très faibles, dès lors que l'organisme y est soumis assez longtemps.
L'agriculture biologique cultive sans engrais de synthèse et sans pesticide. Toute la chaîne, du producteur au consommateur, impliquant la transformation et la conservation, doit répondre à un cahier des charges précis et contrôlé.
Se nourrir "bio" est une manière de préserver sa santé en même temps que celle de la Terre. Car, l'industrie agro-alimentaire a non seulement pollué notre alimentation, mais aussi l'eau et l'air. Notons cependant que l'agriculture conventionnelle tente, depuis plusieurs années, de réduire son impact sur l'environnement.
Le développement de l'alimentation "bio" est freiné par l'insuffisance de production et par le coût de sa distribution. Il y a vingt ans encore, les agriculteurs qui innovaient avec des modes de production plus respectueux des consommateurs et de l'environnement étaient mis au ban des organisations agricoles : la production française a pris du retard sur ses voisins.
Produire sans la chimie demande un peu plus de main-d'œuvre et coûte un peu plus cher. Ces coûts supplémentaires sont complètement neutralisés en l'absence d'intermédiaires : bien mieux, sur un marché paysan ou chez le producteur lui-même, le bio est moins onéreux que le conventionnel distribué par les supermarchés. L'organisation de ces circuits courts, favorisée par les organisations professionnelles en province, est plus difficile à mettre en oeuvre dans les grandes agglomérations et notamment à Paris. Le redéploiement du maraîchage aux portes des villes, ce qui implique la protection des terres agricoles face à l'urbanisation, pourrait être l'un des enjeux du XXIe siècle.
Il n'y a rien de commun entre des produits frais qui parviennent dans la journée au consommateur, et les légumes ou les fruits qui ont voyagé, parfois mûris pendant le voyage, parfois ionisés pour assurer leur conservation, et qui attendent sur les rayons des commerçants. Il y a un monde entre des fraises ou des asperges (bio ou non, d'ailleurs) qui arrivent dans notre assiette le jour même de leur récolte et celles distribuées dans un supermarché. Faites l'expérience : comparez les goûts et les prix.
Le "bio" n'est qu'un aspect de l'alimentation saine. Le "panier" du consommateur "bio" comporte moins de viande et davantage de fruits et de légumes. Cette différence de composition, justifiée à la fois par la diététique et par la nécessité de s'adapter aux menaces de pénurie alimentaire liées à une surconsommation de produits d'origine animale, tempère les différences de prix. Encore faut-il que nous reprenions l'habitude de faire la cuisine : c'est pas compliqué et ça rapporte gros !
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