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Lorsque la France ne comptait que quelques millions d'habitants, le territoire était couvert de forêts, de champs, de prés, d'eau, de marais et de landes sèches.
Antoine Waechter
Chaque individu, pour son logement et son activité, n'occupait qu'une ou deux dizaines de mètres carrés. Les surfaces artificialisées, c'est-à-dire enlevées à l'agriculture et à la nature, ne représentaient que 1,5% de la superficie du pays à la fin du XVIIIe siècle.
Cette situation a beaucoup évolué avec l'accroissement du niveau de vie. Les habitations, les zones industrielles et commerciales, les infrastructures de transport et les équipements de toute nature ont englouti l'équivalent d'un département au cours des dix dernières années.
Nous consommons toujours plus d'espace pour nous loger : la taille des logements progresse et surtout le nombre de personnes par logement a diminué d'un tiers en 30 ans et de plus de la moitié en un siècle : séparation des générations, diminution du nombre d'enfants par famille, divorces et accroissement de la proportion de célibataires expliquent cette évolution.
Nous consommons toujours plus d'espace pour l'activité économique : le nombre d'emplois à l'hectare dans les zones dédiées à l'industrie s'est effondré sous l'effet des gains de productivité (trois fois moins en 60 ans).
Enfin, notre mobilité affecte de vastes territoires : autoroutes, aéroports, lignes ferroviaires, parkings…
Cette progression des surfaces artificialisées se fait en stérilisant des terres agricoles nécessaires pour la production de notre alimentation. Lester Brown considère que l'urbanisation pourrait être la première cause des pénuries alimentaires de demain. Elle se fait aussi en empiétant sur l'espace naturel au détriment des espèces qui y vivent librement.
Pour se loger et travailler, un habitant d'une commune rurale du XXIe siècle occupe de 400 à 700 mètres carrés, soit 20 à 35 fois plus qu'un Français du siècle des Lumières. Dans les grandes villes, cette consommation se situe entre 200 et 400 mètres carrés.
Le Parisien est, de loin, le plus économe des Français : il n'a besoin que de 50 mètres carrés pour se loger et travailler. En apparence, car il possède souvent une résidence secondaire. La bonne manière de compenser ce supplément d'occupation de l'espace consiste à faire de son petit domaine campagnard un havre de nature et de fertilité en remplaçant la pelouse par un potager ou une prairie fleurie, en plantant des arbres, en accrochant des nichoirs pour les oiseaux et les chauves-souris.
Le caractère limité de cette ressource qu'est notre territoire doit nous inspirer une gestion économe, à l'image des populations du Moyen Âge qui refusaient d'empiéter sur les terres dont dépendait leur existence.
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 Photo DR
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