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Interview de Jean-Claude Cadenet
L'outre-maire de Paris


Après un parcours dans divers ministères, puis à la tête de RFO, Jean-Claude Cadenet est depuis 2007 « Délégué Général à l’Outre-mer de la Ville de Paris ». Cet administrateur civil d’origine martiniquaise lève le voile sur quelques idées reçues.

Propos recueillis par Sabine Corvec

CIGALE : Depuis quand observe-t-on une présence importante d’Antillais à Paris et dans sa région ?
J.C. Cadenet : Les fortes vagues de migration vers la Métropole (en provenance de Martinique, Guadeloupe et Réunion) commencent dans les années 60 jusqu’en 1980. La raison essentielle était la pénurie de main-d’œuvre dans des domaines d’activité du secteur privé ou public. Paris a longtemps présenté un attrait particulier pour ces Français d’Outre-mer. En tout cas durant ces années quand on était certain de trouver un emploi et d’être bien logé. A tel point qu’en 2000, 350 000 personnes nées ou originaires des Antilles vivaient en Métropole, soit l’effectif équivalent à la population locale de la Martinique en 1990.

On a toujours l’image des Antillais de Paris dans la Fonction Publique, l’administration, les hôpitaux, etc. Qu’en est-il ?
C’est une réalité due à la gestion officielle par les organismes compétents de l’époque – le BUMIDOM transformé plus tard par l’Agence Nationale pour l’Insertion et la Promotion des Travailleurs d’Outre-mer. Mais je pense que, même à l’époque, il y avait une diversité moins caricaturale. Aujourd’hui, la diversification est encore plus nette avec de nombreux Antillais salariés dans le privé et de plus en plus de cadres. Ceci dit, leur nombre dans la Fonction Publique est très élevé. Par exemple, à la Mairie de Paris, nous avons 5 400 originaires d’Outre-mer sur 45 000 agents. Quant à l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, elle en compte sans doute le double.

Peut-on parler, à l’égard des Antillais venus en Métropole, de « Discrimination positive » ? En d’autres termes, sont-ils avantagés en raison de l’éloignement ?
Non, c’est même le contraire. La Métropole n’incarne plus une promesse de « promotion sociale » comme jadis. Il y a au sein des communautés antillaises un ressentiment dû, à tort ou à raison, à une forme de discrimination, à une évolution lente des carrières. D’ailleurs les flux migratoires diminuent. Y compris en raison des conditions de logement dans des quartiers difficiles. Mais nous assistons à un nouveau phénomène : les jeunes d’Outre-mer entreprennent des études supérieures en Métropole puis repartent dans les Dom Tom où ils créent ou reprennent des entreprises. D’ailleurs le PIB sur place est bien supérieur au taux de croissance du PIB en Métropole. Cela dit, les possibilités sont encore réduites et un fort taux de chômage subsiste.

Percevez-vous un changement des mentalités, de la part des Officiels, vis-à-vis des Antillais ? Notamment avec l’effet Harry Roselmack (plus proche de nous que Barack Obama) ?
Je crois que le vrai changement de mentalité, c’est quand les Noirs en France accéderont à des postes de responsabilité sans que cela devienne une affaire médiatique ou un « symbole ». Obama n’est pas devenu Président des Etats-Unis parce qu’il est Noir mais parce qu’il avait les compétences, l’étoffe et les qualités d’un homme d’Etat. C’est mon approche des choses : le meilleur dans son domaine doit décrocher le job. Peu importent ses origines, sa couleur de peau et ses cheveux.

Justement, en quoi consiste votre poste à la Mairie de Paris ?
J’ai trois fonctions essentielles : la valorisation auprès du public parisien des cultures d’Outre-mer ; la responsabilité du Centre Municipal d’Accueil et d’Information (CMAI) qui a pour objet d’accompagner les Français d’Outre-mer dans leurs recherches (logement, emploi) et les obstacles inhérents à leurs situation. Ma troisième casquette, confiée par Bertrand Delanoë, tient au développement des relations avec les Collectivités locales d’Outre-mer. Notre activité culturelle à Paris qui passe par des expositions, des projections de film, la promotion d’artistes, des commémorations et un nombre considérable de manifestations qui s’étendent à tous les Territoires d’Outre-mer est d’une grande effervescence. Sur 52 semaines nous avons 27 manifestations et ce n’est pas limitatif. Avec des films sur l’abolition de l’esclavage destinés y compris aux scolaires, la projection d’un cinéma antillais, le Trophée des Arts afro-caribéens, Brassages (exposition d’Arts plastiques et soirées littéraires), Latitudes (exposition d’Art contemporain), je ne vous donne qu’une infime idée de notre calendrier 2009.

En gros, l’Outre-mer se rappelle au bon souvenir de la Métropole…
En quelque sorte, mais n’oublions pas que la diversité de la France est une réalité depuis quelques siècles…

Site Internet : www.paris.fr – Délégation à l’Outre-mer : à disposition (à télécharger) l’excellent Journal d’informations « Le Paris Ultramarin ».

 
Jean-Claude Cadenet
Jean-Claude Cadenet

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