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C'est dans une petit pièce au fond d'un bureau de presse que j'ai choisi de m'incruster pour interviewer Bérénice Bejo, afin de retrouver l'ambiance huis clos de son prochain film : 13 m2.
Annabelle Milot
Tu tournes très peu au cinéma. Es-tu très sélective dans le choix de tes rôles ?
Ça dépend des périodes… Quand je commence à avoir faim, et que je dois payer mon loyer, non ! Je rigole… La preuve, lorsque l'on m'a proposé de faire 13 m2, la productrice Murielle Thierrin – avec qui j'avais déjà travaillé sur deux films du réalisateur Steeve Suissa – m'a tout de suite dit qu'il n'y avait pas un centime d'euro de budget. Après lecture du scénario, je l'ai trouvé très bien écrit et j'ai accepté l'aventure. Je venais de faire 0SS 117, un film à gros budget : 11 millions d'euros ! J'ai aimé passer d'une expérience à l'autre, je trouve que pour un acteur ça permet de ne pas s'enfermer dans un certain confort.
13 m2 est donc un film à petit budget auto-produit par le réalisateur comédien et scénariste Barthélémy Grossmann. Aider un jeune qui débute, était-ce aussi une de tes motivations pour participer à ce projet ?
Il est vrai que Barthélémy Grossmann dégage une très bonne énergie. Il n'a que 20 ans. J'ai trouvé ça incroyable qu'il réussisse à réunir toute une équipe, à nous faire à déjeuner tous les jours, c'était très rigolo comme expérience proche du cinéma expérimental ! Et au final, il a quand même réussi à trouver un producteur pour le tourner en DV, puis à trouver un distributeur. Lui et Muriel Thierrin se sont vraiment battus. Il est certain que je n'ai pas le rôle principal du film, je n'ai eu que 4 jours de tournage, mais j'ai toujours pensé que ce projet méritait d'être défendu et ça a été ma principale motivation pour participer à ce film ; et si par mon petit nom on peut en parler un peu plus, je serai très heureuse pour lui. Je souhaite qu'à présent on lui donne plus de moyens pour réaliser toutes ses idées.
L'histoire se situe principalement entre 4 murs de 13 m2. As-tu déjà vécu dans une si petite pièce ?
Oui, j'ai vécu dans un 6 m2 quand j'avais 18 ans. J'habitais dans le IXe à Paris, dans une petite chambre de bonne, je n'avais pas une thune. J'avais juste la place de mettre un matelas et un micro-ondes, les w-c étaient sur le palier, et je n'avais pas de douche. Je faisais de l'escrime à l'époque, j’en profitais pour prendre une petite douche de temps en temps. Mais ça n'a duré que 6 mois, c'était trop déprimant. J'avais tout de même une petite lucarne qui me permettait de voir les toits de Paris, c'était déjà ça !
Dans 13 m2 les trois protagonistes du film se lancent dans un braquage sans vraiment réfléchir aux conséquences de leurs actes. Quelle est la chose la plus irréfléchie que tu aies faite dans ta vie ?
Je n'ai jamais rien fait de dangereux à la hauteur de ce qu'ils font dans le film. Mais je crois que la chose la plus irréfléchie que j'ai faite, a été de partir, adolescente, toute une nuit avec un garçon que je connaissais à peine. Je suis rentrée le lendemain à midi – je tiens à préciser qu'il ne s'était rien passé avec ce garçon ! Mais ma mère s'est fait ses trois premiers cheveux blancs cette nuit-là, elle ne m'a pas parlé pendant une semaine. C'est là que je me suis rendue compte qu'il y a certaines choses qu'on ne peut pas faire, et qu'il faut considérer les gens qui nous entourent.
Les héros du film se battent pour modifier un destin qui a l'air tout tracé d'avance. Jusqu'ici es-tu satisfaite du tien ?
J'en suis ravie. J'ai toujours voulu être actrice. Petite, j'avais deux obsessions qui étaient : « je ne veux pas mourir avant d'avoir joué et avant d'avoir aimé ». C'était certes très gnangnan, j'avais 5 ans mais c'était primordial pour moi, je m'y accrochais. Et ça m'a suivi. Aujourd'hui je fais ce métier, je fais des films très différents, je rencontre beaucoup de réalisateurs, je ne suis pas non plus une grande vedette, je n'ai pas cinquante scénarii qui me tombent dessus, mais ma vie me convient très bien et j'ai envie de dire : pourvu que ça dure !
Le film dénonce entre autre la société de consommation. Es-tu du genre à faire des achats compulsifs ?
Je suis bien ancrée dans mon monde : je consomme pas mal, mais je ne suis pas hystérique non plus des marques et de la mode. Je me fais plaisir, j’achète des bouquins… Je ne vais pas me priver. J'aime aussi faire plaisir à ma famille : ma petite sœur travaille dans une ludothèque, je l'emmène avec moi faire des courses, en vacances… Et je pense aussi à mes parents qui m'ont toujours soutenue.
Que pourrais-tu dire aux lecteurs de Cigale, qui leur donnerait envie d'aller voir le film ?
Ils découvriront trois jeunes talents peu vus au cinéma, qui jouent très bien. Ça parle des jeunes et de la société de façon différente de tout ce qu'on a pu voir auparavant. 13 m2 est aussi un film drôle et émouvant, c'est une belle surprise. Et c'est pour toutes ces raisons que le public l'aimera. 13 m2 ce n’est pas Pirates des Caraïbes, mais, dans l'absolu, mieux vaut aller voir un petit film sans moyen plutôt qu'un gros blockbuster qui fait la une de tous les journaux et beaucoup d'entrées, alors que tout le monde sait que c'est mauvais !
Actu ciné
13m2
de Barthélémy Grossmann
avec Barthélémy Grossmann, Lucien Jean-Baptiste, Youssef Hajdi, Bérénice Bejo et Thierry Lhermitte. Sortie le 20 juin.
Modern Love
de Stéphane Kazandijan. Comédie romantique avec Alexandra Lamy, Bérénice Bejo, Stéphane Rousseau, PEF. Sortie fin 2007.
Préférences
Ton théâtre : Le Théâtre de l'atelier. Le Petit théâtre de Paris.
Ton livre : Le quatuor d'Alexandrie de Lawrence Durell
Ton réalisateur : Clint Eastwood. « J'ai eu la chance de le rencontrer, j'ai même une photo avec lui et ma petite soeur. »
Ton musée : Le Prado à Madrid. « J'en suis ressortie en pleurs d'une exposition de Goya. »
Signes particuliers
Ne va pas très souvent au théâtre (« Je m'y ennuie 9 fois sur 10 ») mais a adoré Sombrero au Théâtre de Chaillot (mise en scène par Philippe Découflé, jusqu'au 16 juin, tarif unique 27 €)
Voyage beaucoup o Aime New York, l'Italie (« J'y suis allée 15 fois »), le Portugal.
Envisage de partir en Amérique du sud l'année prochaine.
Aime la cuisine de son père : « Il cuisine tout très bien : du chinois, du sud-américain… c'est un excellent cuisinier, je l'appelle et il m'envoie par mail ses recettes, que je teste sur mes amis. »
Aura 31 ans le 7 juillet 2007.
Sinon qu'est-ce qui te distingue?
« Euh, je suis géniale?! »
Lol!
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 photo N. Schiffmacher   photo N. Schiffmacher  photo N. Schiffmacher
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