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Depuis un siècle, le palace de la Rive Gauche veille sur Sèvres Babylone dont il est le fleuron architectural et une oasis artistique où il fait bon passer quelques heures ou quelques nuits.
Christian Rol
L’actuel directeur de l’Hôtel Lutetia, Jean-Luc Cousty, ne cache pas quelque fierté d’être depuis dix mois à la barre d’un tel navire, sculpté en façade par Léon Binet, puis Paul Belmondo à qui l’on doit ces rondeurs art déco. Fier parce que le Lutetia n’est pas un dortoir de luxe mais un lieu chargé d’histoire, d’arts et de lettres. Bien sûr, le Georges V ou le Ritz flatteront plus facilement une clientèle jet set, princière ou show-biz mais, précisément, le Lutetia ne revendique pas le bling bling des parvenus. « Nous avons encore 30 % de Français, nous explique monsieur Cousty, des fidèles, et des étrangers haut de gamme, cultivés et très francophiles qui savent ce qu’est la Rive Gauche. »
Un luxe intemporel
Fondé en 1910 par les propriétaires du Bon marché – les Champagnes Taittinger – ce lieu de rendez-vous de la gendelettre, des acteurs en vue (ou des oisifs) est demeuré presque inchangé depuis ses débuts. C’est là son plus bel argument qui incite à pousser la lourde porte à tambour gardée par les chasseurs et grooms grand style. Un hall tout en boiseries et une galerie désuète accueillent l’hôte jusque sous la verrière magnifique du bar « Lutèce » ou « l’Ernest Bar » (merci Hemingway !), cocons intimistes aux reflets pourpres arrosés de perles de jazz. Les chambres, décorées par les plus subtils designers, autorisent à penser que les nuits de certains sont plus belles que nos jours. « Notre clientèle hôtelière française est majoritairement composée d’hommes d’affaires ou d’entrepreneurs qui passent ici l’équivalent de deux cents nuitées annuelles. Bien sûr, nous avons des clients fortunés, des célébrités qui goûtent particulièrement nos suites « Rotonde », mais nous avons aussi beaucoup de politiques et de sénateurs. » Merci qui ?
Un siècle d’histoire…
Un siècle après son ouverture, le directeur du Lutetia entend fêter ce centenaire en organisant moult manifestations culturelles (et notamment la publication d’un beau livre chez Lattès) qui égayeront quelques épisodes malheureux dont l’hôtel fut le témoin. Havre pour les Russes exilés après 1917, occupé par les Allemands, réquisitionné à la Libération pour accueillir les déportés (entre autres, la sœur et la mère de Juliette Gréco demeurée fidèle à l’établissement au point de préfacer le livre cité), le Lutetia a aussi été le port d’attache de Joséphine Baker et le refuge du futur Général de Gaulle lors de sa nuit de noces avec la pauvre Tante Yvonne.
…et de culture
« Il y a une aura historique incontestable mais il y a aussi cet aspect intellectuel intrinsèquement lié au Lutetia. James Joyce ou Samuel Becket et tant d’autres ont donné leurs lettres de noblesse à l’établissement.» Notre époque se contentera de Philippe Sollers et Frédéric Beigbeder (deux habitués) pour cette tradition que Jean-Luc Cousty décline amoureusement en organisant ses « samedis littéraires », des lectures et, à terme, la création d’un prix littéraire en collaboration avec le « Magazine Littéraire » qui érigera l’hôtel en mécène des arts, Villa Médicis de la Rive Gauche où l’heureux lauréat gagnera le privilège de séjourner plusieurs mois pour la rédaction de son prochain roman. En attendant la gloire, nous regarderons tomber le soir sous la verrière en goûtant l’humeur de ce navire immobile qui prend alors des allures de paquebot en partance pour le bout du monde. Joyeux anniversaire et bon vent !
Lutetia 45, Boulevard Raspail 75006 Paris Tèl : 01 49 54 46 46 Mail : lutetia-paris@lutetia-paris.com www.lutetia-paris.com
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