|
Destination Damas pour l'acteur Césarisé de "Bon Voyage": Grégori Derangère que j'ai rejoint à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle quelques minutes avant son départ...
Annabelle Milot
Tu as tout de suite accepté de partir découvrir Damas avec nous… Pourquoi?
Parce que le monde arabe reste pour moi un monde mystérieux. Je n'en ai connu qu'une facette, lorsque je suis parti au Yémen il y a maintenant trois ou quatre ans. Mon impression avant de partir, c’est que la Syrie ressemble un peu au Yemen, mais en plus accessible. Mais bon, je peux me tromper... En général je suis toujours très intéressé quand on me propose de découvrir des destinations que je ne connais pas du tout.
De 7 à 11 ans tu as vécu en Guyane française.
Tu y as découvert l’Amazonie et ses incursions dans la forêt vierge en pirogue, ses animaux sauvages... Lorsque l'on a vécu tout cela qu'est-ce qui a poussé le jeune homme que tu étais à retourner à Paris et à décider d'y vivre?
Dans un premier temps j'ai suivi mes parents et ensuite j'ai décidé de ne plus bouger car je voulais devenir acteur, ce qui à Kourou n'est pas évident… A moins d'être dans une petite troupe créole, mais je ne parle pas la langue. La seule phrase que je connaisse, c'est : "si tu me touches, je vais me fâcher". Voilà tout ce que j'ai été capable d'apprendre en quatre ans de Guyane. Bref, je voulais être acteur : il fallait donc que je reste à Paris. Au départ, je ne connaissais pas bien la capitale. J'ai d'abord habité en province puis en banlieue parisienne, La Garenne, Asnières, Gennevilliers… J'ai découvert Paris en même temps que mes premiers cours de théâtre.
Tu as aussi commencé à apprendre l’indonésien pour être guide à Bornéo. Où s'est arrêté cet apprentissage?
J'ai pris des cours pendant un an et j'avais prévu d'y partir le 18 septembre 2001, donc une semaine après le fameux 11 septembre. Il se trouve que l'Indonésie est le plus grand pays musulman du monde, donc je ne savais plus trop quoi faire. Le quai d'Orsay ne recommandait pas trop d'y aller, mais je me suis quand même décidé à partir car je n'avais pas envie de me dire que j'avais passé un an à apprendre la langue pour rien. Sur place, c'était un peu compliqué : les Américains ont attaqué l'Afghanistan quinze jours après, le climat était tendu, les Indonésiens partaient là bas pour aider les Afghans, on entendait des histoires horribles, je ne pouvais pas me balader comme je voulais… Du coup je suis rentré, un peu déçu que ce pays ait été entaché par toute cette sale histoire. Et sitôt rentré le boulot a repris et la carrière de guide touristique que j'espérais démarrer est morte dans l’œuf. Dans l'absolu, j'aurais voulu y aller tout seul, me balader, rencontrer les gens, puis proposer mes services dans des agences de voyage en disant je connaissais un peu le coin et que je baragouinais la langue… Malheureusement je ne suis jamais allé jusque là. Ah ! les Américains, dans les voyages comme dans le cinoche, on ne peut pas dire qu’ils nous aident beaucoup !
Tu as beaucoup voyagé. Quelle est la destination qui t'a le plus marqué et pourquoi?
Je crois que ça restera le Yemen finalement. C'est pourquoi je suis assez excité de découvrir une autre facette du monde arabe. C'est la destination que j'ai trouvée la plus dépaysante et la plus éloignée de toutes celles que j'avais connues. Même si certains aspects étaient assez difficiles: la population est tenue sous une chape de plomb par ses dirigeants. Mais la culture, les souks, les hommes qui se baladent avec les « djambias », c’est-à-dire les poignards, les guides qui ont une kalachnikov dans leur voiture... J'y suis allé en période de Ramadan, ce qui crée aussi une ambiance particulière. Et puis il y a Shibam, dite "la Manhattan du désert", faite de grands immeubles construit en terre… Tout cela reste des souvenirs très marquants.
Tourner dans un long métrage qui s'appelle Bon Voyage pour quelqu'un qui aime tant voyager, c'était prédestiné?
Oui, d'ailleurs c'était la grosse blague pendant la promotion car nous prenions beaucoup l'avion pour aller présenter le film et les hôtesses de l'air qui l'avaient vu aimaient en jouer en nous assommant de "Bon voyage"!
Il y a quelque jours a eu lieu la cérémonie des Césars. Tu as été nominé deux fois et tu as remporté le César du meilleur espoir masculin pour Bon Voyage. Parmi les nominés de cette année, dans la même catégorie, qui était ton favori?
Ils étaient tous très bons dans de très bons films. J'ai côtoyé deux des nominés: Jocelin Quivrin - (99F) et Laurent Stocker - (Ensemble c'est tout) mais mon favori était Nicolas Cazalé pour Le fils de l'épicier car je pense que c'est ce genre de films que les Césars doivent soutenir.
On t'a vu récemment dans L'affaire Ben Barka ; tu soutiens Nicolas Hulot et d'autres causes écologiques : es-tu ce que l'on appelle un acteur engagé?
J'ai eu la chance de voyager. J'ai toujours été attiré par les grands paysages, les forêts et par conséquent j'ai pu voir les dégâts que l'homme faisait endurer à la nature… Donc on peut dire que je me suis engagé naturellement, par évidence. Je me sens très proche du combat d'Emilie Barrucand, qui fait un boulot extraordinaire en Amazonie, dans l'Etat du Mato Grosso au Brésil. Elle a moins de trente ans et elle part toute seule, parfois pour plus de six mois, aider les indiens menacés de perdre leur territoire. Elle parle leur langue, elle les défend dans des conditions très difficiles, elle court beaucoup de risques ; j'ai beaucoup d'admiration pour elle.
Tu viens de commencer pour France 2 le tournage d'une comédie avec Valérie Benguigui intitulée Joyeux Noël, de Nicolas Picard. Puis tu partiras tourner Derrière les murs, un film de Pascal Sid et Julien Lacombe avec Anna Mouglalis. Il fut une époque où les acteurs ne voulaient pas faire de télévision et cette époque semble révolue. Comment l'expliques-tu?
Pour ma part, en me fondant sur ce que je lis, je trouve que la télévision a le mérite de s'attaquer à des sujets qui font de plus en plus peur au cinéma : l'affaire Ben Barka, le rainbowarior, ou alors des films sur Charles de Gaulle... Je n'y ai pas toujours des rôles faramineux mais à chaque fois cela touche des sujets qui m'intéressent avec une histoire et des personnages fascinants. Alors entre ça et des comédies de trentenaire débile qui n'ose pas dire je t'aime à sa voisine de palier, c'est tout vu : je préfère mille fois la télévision.
Si tu devais partir sur une île déserte en ne pouvant prendre avec toi qu'une personne et un objet ?
Une personne : je suis condamné à emmener ma femme, sinon même à distance elle m'emm... bêterait jusqu'à la fin de mes jours ! Et un objet: du chatterton pour lui mettre sur la bouche et la faire taire!
Que souhaiter à Gregori Derangère avant qu'il n’embarque dans un avion… un « bon voyage »?
Oui, c'est ça, un bon voyage. Ah!... Ah!... Ah!...
PREFERENCES
LIVRE
Les Cavaliers de Kessel
RÉALISATEUR
Stanley Donen
THEATRE
Le théâtre de l'Atelier "je croise les doigts pour y jouer à la rentrée"
CD
"puce de luxe" de Sébastien Roch "c'est son nouvel album, il est vraiment très bien, d'ailleurs je l'emporte avec moi à Damas"
MUSÉE
Carnavalet - Histoire de Paris
SIGNES PARTICULIERS
Voyage toujours avec le livre d'Emilie Barrucand : Wayanga."A lire absolument"
Voyage toujours avec la même valise
Est parti au Népal, au Yemen, en Australie, à Madagascar, en Indonésie...
Très jeune, il vit deux ans à Moscou avec ses parents.
Sensible à la préservation de l'environnement
Né le 27 Mars 1971 à Montpellier
Tenace et volontaire
UN MESSAGE
"J'invite tout le monde à voyager et à découvrir nos chers voisins avant que nous ne nous tapions tous sur la tête!"
|
|
 Photo N. Schiffmacher  Photo N. Schiffmacher  Photo N. Schiffmacher  Photo N. Schiffmacher
|