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En France, le marché de l’affiche est relativement récent. Longtemps considéré comme un genre mineur, contrairement à d’autres pays qui ont l’antériorité de cette passion, ce registre est désormais en pleine expansion et voit naître de plus en plus de collectionneurs.
Emmanuel Lopez nourrit les passions successives mais un sens constant des affaires. Avant de se passionner pour les affiches originales dans les années 80, ce tintinophile vouait à la Bande dessinée un goût en phase avec celui de son époque ; au point de posséder trois librairies spécialisées. Quelque contentieux avec la fondation Hergé (le créateur de Tintin) qui le soulagera d’une belle somme, mais surtout l’achat de sa première collection d’affiches en 1987 le détournent quelque peu de ses premières amours. De ventes aux enchères en chines ciblées, l'amateur se hisse au niveau de collectionneur auquel des marchands, plus achalandés - des Américains souvent - s’adressent désormais. «Le succès de mon entreprise tient au fait que j’ai toujours acheté avec mes yeux et non pas avec mes oreilles. En clair, je n’ai jamais lésiné sur le prix pourvu que les images soient rares et belles».
Mais de quoi parle-t-on au fait ? De posters tirés à des millions d’exemplaires ? De ces icônes modernes à la gloire de Madonna ou des slips Hom ? Pas exactement. L’affiche de collection repose sur plusieurs critères et notamment l’ancienneté et la beauté de ces objets publicitaires qui, de 1900 jusqu’aux années 60, recouvraient parcimonieusement les murs des villes, des gares, des aéroports et l’imaginaire de nos grands-parents ; avant le recours systématique à la photo, quand de talentueux illustrateurs vantaient avec des velléités de peintres les mérites d’une croisière en Orient, les vertus de telle voiture Voisin ou la beauté saine des fjords scandinaves peuplés de blondes Walkyries. Le genre, longtemps méprisé par les Français - qui aurait songé il y a 30 ans à tapisser le salon d’une affiche vantant les mérites de La vache Qui rit ou du savon Bébé Cadum ? - se révèle être (parfois) un art à part entière, une illustration naïve d’un siècle qui le fut si peu. Cela n’exclut pas l’élégance graphique et les aspirations légères de nos aînés et celle des publicitaires d’alors qui ne songeaient pas encore à viser bas puisque la consommation de masse n’avait pas gagné le Vieux Continent.
Cet art a un prix - l’affiche de tourisme varie entre 500 et 2 500 Euros - et un inconvénient : la fragilité du papier avec laquelle Emmanuel Lopez doit compter : « La fibre de papier est allergique aux variations thermiques. C’est pour cela que je dispose de quatre ateliers où l’on injecte de la cellulose dans une affiche qui a trop longtemps séjourné dans un grenier ou une cave. Les coloristes et les graphistes, eux, sont priés de redonner tout son éclat à l’affiche altérée. »
Les Français, sur le tard, commencent à s’intéresser au marché de l’affiche en ignorant de moins en moins que les greniers des maisons bourgeoises peuvent receler des trésors inattendus. Si cela n’est pas votre cas, Emmanuel Lopez dispose en permanence de 1000 estampes toutes plus belles que les autres qu’on parcourt comme les pages d’un livre d’histoire contemporaine.
CHRISTIAN ROL
7, rue Milton (9ème). Vente et achats sur rendez-vous ; Tel : 06 07 02 72 00 ; galerie : Tel : 01 42 80 01 03 ; www.antikaparis.com/estampemoderne ; lautrec@club-internet.fr-estampemoderne@wanadoo.fr
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