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Champagne!
Histoire de bulles


Le nectar des rois plonge ses racines en terre de Gaule où, depuis le baptême de Clovis, il est associé à la liturgie, aux grands évènements et à l’excellence.

Arsene Corvec

Rendons à César ce qui est à César et aux Romains ce qui leur revient. À savoir l’exploitation des vignes autour de Durocortorum (l’ancienne Reims) que les Celtes pagailleurs n’avaient pas encore songé à cultiver rationnellement. Place forte en même temps que pays de Cocagne, la capitale de la Champagne sera louée par l’empereur romain qui en fera son quartier général et le théâtre de quelques bacchanales très païennes où Jupiter et Venus seront célébrés comme il se doit. Passeront les siècles et les guerres qui verront, entre autre, Probus délivrer la Gaule des Germains (déjà !) et Clovis défaire les derniers occupants. En 496, le premier roi des Francs recevra des mains de Saint Rémi le baptême chrétien que l’on sait, arrosé de vin de Champagne. Quelques siècles plus tard, la communion du petit Kévin, l’obtention du bac ou les soirées de monsieur l’ambassadeur sont toujours célébrées sous l’égide de ce breuvage plus ou moins digeste. Mais n’allons pas trop vite en besogne pour nous souvenir que le nectar fut longtemps l’apanage des nobles grâce aux moines, principaux exploitants, qui implantèrent de nombreuses abbayes dans la région rémoise, la décorant de vignes à flanc de coteaux.

Un vin princier synonyme de succès
À partir de ces VIe et VIIe siècles prospères, les vins de Champagne voyagent d’autant mieux que les coteaux sont plantés le long des voies navigables (la Marne, l’Aisne, l’Aube) qui, toutes, convergent sur Paris et Rouen. Sans parler des voies romaines acheminant les marchandises des Alpes au Rhin, de la Manche à la mer du Nord en passant par Reims. Même si, bien plus tard, la Guerre de Cent ans ruinera largement la Champagne, ses vins demeureront synonymes de goût, de baptêmes princiers et de fêtes. Le mariage de Jeanne de Navarre avec Philippe Le Bel associera définitivement le destin du comté de Champagne à celui de la couronne de France.

Un moine révolutionne le champagne
Cessons avec notre chronologie anarchique pour nous poser au XVIIe siècle quand un certain Dom Pérignon, moine bénédictin de l’abbaye d’Hautvillers, apporte des modifications à ce vin pétillant, explosif même, qui donne du fil à retordre aux producteurs. Le moine invente donc l’assemblage de différents raisins, augmentant la qualité du vin, et renforce la solidité de la bouteille afin que celle-ci n’explose plus sous la pression de la fermentation inachevée. Enfin, l’ecclésiaste utilise des bouchons de liège tenus par des cordelettes de chanvre, entrepose le vin dans des crayères pour améliorer la conservation et se penche doctement sur la « prise de mousse ». Véritable précurseur du Champagne moderne, l’homme de Dieu est également l’âme de millions de mariages heureux (ou ratés), de cérémonies ennuyeuses, de succès… et de gueules de bois.

 
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