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Comme les Bretons, les Auvergnats ou les Basques qui quittèrent leur province pour la capitale, de nombreux Antillais ont traversé l’Atlantique, ou tout simplement la Seine, pour échapper aux statistiques et aux images d’Epinal qui les confinaient à la Fonction Publique.
Christian Rol et Sabine Corvec
Evacuons d’emblée Pascal Légitimus, Laurent Voulzy, Harry Roselmack et autres talents confirmés qui démentent les idées reçues pour nous intéresser à ces très nombreux anonymes qui ont troqué leur île pour l’Ile-de-France. Les chiffres sont flous mais les faits sont là qui témoignent d’un dynamisme certain.
NE COUPONS PAS LES CHEVEUX EN 4…
Au salon de coiffure Le Diamant Noir, Eric Renoir (ce n’est pas du verlan) incarne à 26 ans cette nouvelle génération d’entrepreneurs. « Je suis né en Guadeloupe à Basse-Terre. En 2003 je me suis retrouvé à Paris pour travailler comme coiffeur démonstrateur et cela fait un an et demi que je suis installé à mon compte avec 4 salariés. » nous dit-il au milieu d’un salon dépaysant et plein à craquer où « métros » et « afros » se mélangent au son de musique antillaise. « La nouvelle génération antillaise, de 25 à 30 ans, est beaucoup plus solidaire que par le passé. Et on s’investit plus. Avant, nul ne souhaitait investir dans une société ; l’avenir, c’était La Poste ou la RATP. Mais moi, je connais une quinzaine de chefs d’entreprise de mon âge et qui sont antillais. » Même son de cloche un peu partout ; et notamment à l’Agence de voyages VAT créée il y a trente ans par Catherine Butel, cette guadeloupéenne qui a su capter une clientèle antillaise et la fidéliser au point d’ouvrir une seconde agence.
BOUDINS ET ACCRAS
« Chez Max » le traiteur de référence de Ménilmontant, Stéphane Aratus, « l’héritier », interrompt la confection de son boudin antillais – la spécialité maison – pour une conversation chaleureuse, l’autre spécialité, qui attire tout ce que Paris et sa banlieue comptent de gourmets et d’amoureux des Antilles. « Jean-Luc Petitrenaud est venu faire un reportage-télé ici. M6, pour l’émission culinaire, « Un dîner presque parfait ». Nous avons souvent la visite de chaînes télé pour des reportages. L’établissement sert aussi de point de rencontre pour les Antillais mais ce sont les Métropolitains qui viennent en majorité. » Un restaurant pris d’assaut et un carnet de commandes surbooké assurent la réputation des héritiers de Jean et Brassac, qui font rimer Martinique, réussite et chaleur.
LA FIÈVRE DE L'ART
Toujours à Ménilmontant où nous poussons la porte de la Joaillerie AGR Bijoux, Claude Ramalingom, savoure modestement une réussite qu’il ne doit qu’à lui. Arrivé en Métropole à 16 ans avec ses frères et soeurs dans les années 60, cet homme de bien a alterné les petits boulots, puis débuté dans le bijou en faisant du porte-à-porte avec sa mallette à la main. Une première bijouterie ouverte il y a 25 ans à Nation couronne enfin ce parcours du combattant qui travaille toujours en famille avec son fils Franck, à Ménilmontant. « La Métropole, c’était alors la seule perspective d’avoir un avenir », nous dit-il à présent au milieu de ses jolies parures en or et pierres précieuses, que chacun sera bien inspiré de découvrir à l’occasion de la Saint-Valentin.
L'EPICERIE MONTAGUERE
Changement de quartier avec la Boutique Christian de Montaguère, Epicerie fine, cave à rhums et liqueurs et plus simplement boudoir consacré à l’art de vivre à la mode caribéenne. « Ma famille est d’origine vendéenne, celle issue de la vieille noblesse française qui s’est installée dans les îles à la fin du XVIIè siècle. » Les siècles ont passé apportant à la dynastie Montaguère des panachages culturels et « cutanés » dont il est une illustration parfaite. « Je suis né en Guadeloupe et j’ai voyagé en Europe, en Amérique, en Asie, en Afrique en m’enrichissant d’influences multiples » qui étaient déjà dans ses gènes. Des études de commerce, une boutique de prêt-à-porter aux Caraïbes et 6 années passées avenue Montaigne chez Armani l’ont conduit à ouvrir sa boutique il y a 3 mois. Comme tous nos interlocuteurs rencontrés au cours de cette enquête, Monsieur de Montaguère s’avère être un gentilhomme doublé d’un bosseur. Et l’on retournera volontiers sur son île paradisiaque aux effluves épicés.
« COLLÉ SERRÉ… »
Autre ambiance au Keur Samba, la boîte sélecte des Champs Elysées, où les rythmes noirs syncopent les nuits blanches d’Adriana et Christian Karembeu – des fidèles. Depuis 1976, année de la création de l’établissement par Kan N’Dyane, mauritanien d’origine, les célébrités internationales (Mick Jagger, Tyson, Prince ou… Mohamed VI avant son sacre) croisent les vedettes françaises, les riches saoudiens, les Africains, les Américains et les Français. Y compris, et surtout, ceux originaires des Antilles. Ici, les jeunes femmes sont belles, et les hommes élégants ainsi que nous le suggère la fille du fondateur, Eliette Vittone qui a épousé le patronyme de son mari italien. Quel rapport avec les Antilles ? « La musique parfois, nous répond Eliette, et une large clientèle qui trouve ici une ambiance VIP, de bonnes bouteilles et un mélange des genres inhabituel ». Car on ne réduira pas les Antillais à leur seul « réseau » et à quelques adresses « communautaires ». Ceux d’entre eux qui peuvent débourser 220 Euros pour une bouteille de Champagne et presque autant pour un havane – plaisir révolu avec les lois anti-fumeur – trouvent dans ce décor, inchangé depuis les années Disco, un écho à leur démesure et traduisent un succès dans tous ces domaines en contradiction avec les conventions admises.
ET TANT D'AUTRES…
La place nous manque pour citer tous ces Antillais à la réussite tranquille ou éclatante : ceux et celles du Magasin TropicMarché, à Saint-Ouen où l’accueil de Nicole Plissonneau et Mamie Suzanne, et la qualité de leurs produits n’ont pas de prix. Saluons Yves Noël, chargé de mission au Comité du Tourisme des Iles de Guadeloupe et celles et ceux de nos « témoins » – de tous les milieux – qui constituent la substance d’un Paris résolument gagné.
Le Diamant Noir – 1, rue St Apolline - Paris 3e – Tél. 01 44 54 93 20 – www.diamantnoir-coiffure.com
VAT Voyages Antillais – 24, rue du 4 Septembre – Paris 2e – Tél. 01 47 42 95 07 – www.voyagesantillais.com
Spécialités Antillaises Chez Max – 14-16, Bd de Belleville – Paris 20e – Tél. 01 43 58 31 30 + – Fax. 01 43 58 31 82
A.G.R. Bijoux – 140, Bd de Ménilmontant – Paris 20e – Tél. 43 49 04 35 – www.agrbijoux.fr
Boutique Christian de Montaguère – 20, rue Abbé Grégoire – Paris 6e – Tél 09 51 89 40 55 – Fax 01 42 84 30 61
Club Keur Samba – 79, rue de La Boétie – Paris 8e – Tél. 01 43 59 03 10
TropicMarché – 2, rue Du Moutier – 93400 Saint-Ouen – Tél. 01 40 11 78 53 – www.tropicmarche.com
Comité du Tourisme des Iles de Guadeloupe – 23-25, rue du Champ de l’Alouette – Paris 13e – Tél. 01 40 62 99 07 www.lesilesdeguadeloupe.com
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 AGR Bijoux (Photo N. Schiffmacher)  Le Diamant Noir (Photo N. Schiffmacher)  Cjez Max (Photo N. Schiffmacher)  L'épicerie fine de Christian de Montaguère (Photo N. Schiffmacher)
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