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Après deux traversées de l’Atlantique à l’aviron et une autre en kite (l’aile de traction utilisée, notamment, pour le kite surf de nos plages), Anne Quéméré appareillera en 2008 à San Francisco pour rejoindre Tahiti selon le même mode de propulsion. Un exploit aussi bien sportif qu’humain ; et une révolution technique et écologique.
Propos recueillis par Christian Rol
CIGALE : Après trois périples sur l’Atlantique, vous vous préparez à affronter le Pacifique (7 000 kilomètres) sur un flotteur de 5,50 m tracté par une aile. C’est une grande première. Quel est votre état d’esprit ?
ANNE QUEMERE : Très bon. Mais la véritable « première », c’est mon précédent périple en kite entre New York et la Bretagne puisque personne n’avait jamais réalisé une telle traversée à l’aide d’une aile de traction. Cela nous a permis d’analyser toutes les données qui nous autoriseront à affronter le Pacifique en 2008 et notamment d’adapter le matériel aux conditions extrêmes d’un tel environnement.
Quels sont les principaux dangers que vous devrez affronter ?
Tous ceux qui guettent les marins solitaires à bord de frêles esquifs. Lors de la dernière traversée, au cours d’une nuit, j’ai failli entrer en collision avec le Queen Mary II où, semble-t-il, tout le monde était ivre. Voilà le genre de rencontre qu’on espère ne pas faire…
Quelle est la principale difficulté de l’aile par rapport à une voile classique ?
Il s’agit plus précisément d’une différence. D’abord, le kite est l’engin le plus rapide sur l’eau après la planche à voile. L’avantage de l’aile de traction, c’est que l’horizon n’est jamais bouché puisque l’aile domine à plusieurs dizaines de mètres au-dessus de nous. Les deux phases délicates sont le démarrage et le décollage.
Comment allez-vous négocier la traversée du fameux « pot au noir », c'est-à-dire l’Equateur qui sépare les deux hémisphères, où les tempêtes alternent avec une mer sans vent ?
C’est une partie de notre travail en amont. Un « routeur », c’est-à-dire une personne spécialisée dans la météo, travaille sur des statistiques à partir desquelles on définira la meilleure période pour partir, et le meilleur « couloir » à emprunter.
Votre traversée n’est pas uniquement un plaisir égoïste ou un coup médiatique ; elle a plusieurs objectifs : mettre à jour des innovations technologiques et faire la promotion du développement des énergies renouvelables.
C’est vrai, mais je ne vous cache pas que nous y allons surtout parce que cela nous amuse. Je ne vais pas vous parler « d’abnégation » et de « cause » comme d’autres. Nous contribuerons peut-être un peu à la cause pour les énergies renouvelables – je l’espère du moins – et si nous pouvons mettre l’accent sur ce mode de traction qui ne pollue pas, tant mieux.
Justement, que pensez-vous de l’initiative de cette société allemande Skysails qui a imaginé une voile géante afin de tracter un cargo de l’armateur Beluga Shipping ?
D’une certaine manière, nos démarches respectives vont dans le même sens. Vouloir trouver une alternative au pétrole et réduire l’impact de celui-ci sur le réchauffement climatique est louable en soi.
Pourquoi, par exemple, Greenpeace ne parrainerait-il pas votre périple éminemment écologique ?
Parce que je ne leur ai pas demandé. Je n’ai pas envie d’être récupérée au profit d’organisations ou d’intérêts dont je ne sais rien. Je veux rester un électron libre. Je veux que ce projet dont je suis à l’origine reste le mien. L’essence de l’aventure ne doit pas se diluer dans des considérations politiques ou économiques. L’équipe qui me suit est réduite à sa portion congrue, essentiellement composée de bénévoles et parrainée par la société du véliplanchiste légendaire Robbie Naish, des vêtements marins Guy Cotten et de la Région Bretagne. Nous ne cherchons pas à faire de l’argent mais à financer notre opération pour insuffler l’esprit d’aventure dans un monde un peu trop prudent. Je tiens peut-être cela de mon père qui était un cinéaste de la mer et de ma grand-mère bretonne très attachée à nos racines celtes qui font la part belle à l’esprit fantasque et à la découverte.
Revenons sur terre. De quel budget avez-vous besoin ?
Pour l’instant il me manque 300 000 Euros pour un budget total de 400 000.
A bon entendeur…
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