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L’année 1968 ne se résume pas un chahut germanopratin et à une génération de baby-boomers mal élevés qui finiront badernes socio démocrates. Pour preuve, dans « 68 Nos Années Choc », Patrick Mahé et ses invités reviennent en photos et en prose sur cette année tragi-comique qui démoda le vieux monde.
Propos recueillis par Christian Rol
Cigale : Dans le flot éditorial consacré à 1968, vous vous distinguez quelque peu par le fond et la forme de ce magnifique album qui ressemble davantage à un vieux numéro de Life ou de Paris Match dont vous avez été le rédacteur en chef.
Patrick Mahé : C’est exactement l’idée. C’est un ouvrage composé comme le Look de l’époque, ou un super Match « collector » avec le graphisme d’alors et une superbe iconographie, dont une photo inédite de Doisneau en couleur - chose rarissime ! - qui a immortalisé une scène du Quartier latin en plein chambardement estudiantin. Pour la seule partie consacrée à mai 68, la force de l’album repose sur la richesse des photos car il faut savoir que la plupart des grands photographes de terrain étaient à Paris ou au Viêt-Nam. Mais, parallèlement aux scènes de charges de CRS ou des émeutes d’étudiants, il y a les photos iconoclastes de Jean-Marie Perrier - le photographe des yéyés - qui immortalisent Antoine dans un fauteuil sur les Champs-Élysées ou Sheila et Dutronc en Sans Culottes de la Révolution Française. Avec cette photo prise en avril 68, Jean-Marie a pu aller draguer à la Sorbonne en bon « révolutionnaire » ; avant de partir à Rome vivre sa Dolce Vita. Ce qu’il raconte dans un texte inédit qui est un pied de nez au sérieux de mai 68.
Vous ne vous en remettez pas uniquement à mai 68.
Loin de là. Car l’année 68 concerne le monde entier. Jean-Claude Carrière, l’un de mes invités dans ce livre, raconte comment, en accompagnant le cinéaste tchèque Milos Forman dont il était le scénariste, il a vécu cette année au Festival de Cannes, à New York, San Francisco, Prague et Paris. Grâce à lui, nous avons une vision planétaire de cette année chargée d’utopies. Le concept de « Révolution » à Prague ou Paris n’avait évidemment pas la même connotation. Et, à ma demande, Jean-Claude Carrière a élaboré un « Dictionnaire des utopies » qui est un abécédaire de l’air du temps. Dans un autre registre, Michel Drucker raconte de l’intérieur l’implosion de l’ORTF alors que Jean-Claude Killy, triple champion olympique de ski, m’a autorisé, mais également encouragé, à reproduire un très beau texte qu’il avait prononcé à l’époque.
Vous ne faites pas l’économie des tragédies qui ont marqué cette année…
Philippe Labro raconte très bien la mort de Martin Luther King aux USA, le mouvement des Black Power, l’assassinat de Robert Kennedy et, bien sûr, la guerre du Viêt-Nam qui ont largement contribué à prolonger ces évènements a priori exclusivement américains à l’échelle planétaire. Soudain, les Américains ont découvert le tragique dans l’Histoire. Nous avons sélectionné des photos assez dures de cette guerre cruelle à la fois pour les boys américains et les civils vietnamiens. Pas par voyeurisme morbide mais pour transposer l’émotion qui a pu être celle de ceux-là même qui les découvraient alors. Et n’oublions pas Prague et les exécutions de Chinois par le régime de Mao ! 1968 n’a pas été à proprement parler une année bucolique. Même si Irène Frain allège le climat avec le mariage « scandaleux » de Jacky Kennedy et Onassis et que Bob Dylan, les Beatles et les Stones ou Joan Baez signent la bande musicale de cette année…
… Année qui découvre aussi la petite culotte de Jane Birkin ainsi qu’une photo nous l’enseigne.
N'oublions pas que nous étions un an avant 69, année érotique.
… Bref, à titre personnel quels souvenirs gardez-vous de cette année-là ?
Je l'ai vécu de manière atypique puisque j'ai été incorporé le 3 mai dans l'armée pour mon service militaire. J'ai donc été chargé avec mon régiment d'effectuer le ramassage des ordures à cause de la grève des éboueurs.
Mais, il y avait aussi cette atmosphère de kermesse et de fièvre et une indéniable libération des esprits, une effervescence créatrice ; et la prise de parole de la jeunesse. 1968 a vraiment démodé l’après-guerre de nos parents et grands-parents, et plus rien n’a jamais été comme avant.
Pourquoi avez-vous fait ce livre ?
Pour édifier ceux qui n’ont pas connu cette période, et pour rappeler à ceux qui l’ont vécue ce que fut l’année 1968 à travers le monde et à travers les genres. Nous ne sommes pas dans la science politique ou la sociologie mais dans l’Histoire - et l’anecdote - d’une année choc qui repose sur plus de trois cents photos exclusives qui se passent de tout commentaire mais que chacun interprétera selon sa sensibilité.
68, Nos années choc - 300 photos, 320 pages. - Editions Plon - 35 Euros.
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 68, Nos années choc  Patrick Mahé
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