La traversée de Paris
10 Km à pieds
Cigale Mag n° 40
Septembre 2011
2ème partie
On peut entrer dans l'automne et sortir dans Paris. Cette complémentarité est encore plus agréable lorsque la marche épuise la curiosité.
Luxembourg ➤ Austerlitz : 3,4 km
A l’automne, les jardins du Sénat nous plongent dans les langueurs du spleen rimbaldien. Et les étudiants, partis revendiquer ou dormir, nous laissent enfin goûter ce Luxembourg comme un exil, sinon fiscal, du moins littéraire.
Mais la mélancolie automnale et les filles au pair ne doivent pas éclipser le Rucher-école et son conservateur, Monsieur Alain Sandmeyer, dont le rôle essentiel est de faire revêtir à des gens normaux des tenues blanches de cosmonautes intersidéraux. C’est-à-dire des combinaisons destinées à protéger les apiculteurs amateurs des piqûres d’abeilles. « L’apiculture est une vieille passion que je peux assouvir maintenant que je suis à la retraite », nous explique cet ancien ingénieur dans l’industrie pétrolière. Cent auditeurs, autant d’élèves apiculteurs, suivent les conférences et travaux pratiques de ce scientifique rigoureux qui s’inscrit dans la tradition du Luxembourg depuis 1856 créée par Henri Hamet. « Du 1er février au 30 septembre, nous assurons une formation complète (biologie, reproduction, pollinisation, races d’abeilles, maladies, etc.) et début octobre nous la sanctionnons par un examen et un superbe diplôme (98 % de réussite). » Mieux vaut ce stage que de gros ennuis de santé ou judiciaires puisque, qu’on soit propriétaire d’une ou de deux cents ruches, on est tenu de déclarer cette activité en plein développement alors même qu’on assiste à une disparition progressive des abeilles en France. L’agriculture à des échelles industrielles, et les pesticides qui lui sont liés, étant parmi les responsables… Sans parler des prédateurs récents venus d’Asie, et notamment un frelon asiatique débarqué dans des poteries made in China. Piquez-vous d’apiculture, c’est typiquement Paris.
Mais la mélancolie automnale et les filles au pair ne doivent pas éclipser le Rucher-école et son conservateur, Monsieur Alain Sandmeyer, dont le rôle essentiel est de faire revêtir à des gens normaux des tenues blanches de cosmonautes intersidéraux. C’est-à-dire des combinaisons destinées à protéger les apiculteurs amateurs des piqûres d’abeilles. « L’apiculture est une vieille passion que je peux assouvir maintenant que je suis à la retraite », nous explique cet ancien ingénieur dans l’industrie pétrolière. Cent auditeurs, autant d’élèves apiculteurs, suivent les conférences et travaux pratiques de ce scientifique rigoureux qui s’inscrit dans la tradition du Luxembourg depuis 1856 créée par Henri Hamet. « Du 1er février au 30 septembre, nous assurons une formation complète (biologie, reproduction, pollinisation, races d’abeilles, maladies, etc.) et début octobre nous la sanctionnons par un examen et un superbe diplôme (98 % de réussite). » Mieux vaut ce stage que de gros ennuis de santé ou judiciaires puisque, qu’on soit propriétaire d’une ou de deux cents ruches, on est tenu de déclarer cette activité en plein développement alors même qu’on assiste à une disparition progressive des abeilles en France. L’agriculture à des échelles industrielles, et les pesticides qui lui sont liés, étant parmi les responsables… Sans parler des prédateurs récents venus d’Asie, et notamment un frelon asiatique débarqué dans des poteries made in China. Piquez-vous d’apiculture, c’est typiquement Paris.
On pourra se désaltérer à la terrasse du Pavillon de la Fontaine (à côté du bassin de la Fontaine Médicis, dans la perspective du Panthéon) sous les arbres, proches du kiosque à musique. La jeune et enthousiaste (et auvergnate) Marie Long est, à 22 ans, gérante de cette concession attribuée par le Sénat ; elle ne boude pas son plaisir de travailler dans un tel cadre où les touristes, la gendelettre et le personnel parlementaire surmené se pressent aux premiers – et derniers – rayons de soleil. « Ce qui est atypique ici, par rapport aux autres cafés, c’est que nous sommes tributaires de la météo. Dès qu’il pleut, notre chiffre d’affaires baisse. » Cela n’entame pas l’enthousiasme de notre jeune patronne que nous quitterons pour la rue Soufflot menant à la Place des Grands Hommes et des grandes filles (étudiantes ou top-models, on ne sait plus).
En tournant sur la droite, l’enfilade des petites rues dans le prolongement des Fossés Saint-Jacques est un charmant labyrinthe dont nous sortirons en atteignant la place de la Contrescarpe. Tout le folklore du Quartier latin (terrasses bondées, foule juvénile, vieux écrivains) se concentre dans cet hectare pittoresque et élitiste qui voisine avec le lycée Henry IV, la rue d’Ulm et les grecs anciens (les restaurants, pas les penseurs) de la rue Mouffetard ; sans oublier les arènes de Lutèce accessibles en quelques minutes par la rue Rollin (où vécut Descartes) et la rue Monge. Au centre de l’amphithéâtre romain, les joueurs de boules portugais ont remplacé les gladiateurs barbares, et sur les gradins, les lycéens à portables ont succédé aux patriciennes. O tempora ! O mores !
Non loin de là, le Jardin des Plantes, ses serres tropicales, sa Galerie de l’Évolution, son cèdre du Liban et son jardin botanique. Sans oublier son histoire et le grand Buffon, intendant des lieux qui a donné son nom à la rue voisine où l’on trouvera l’Espace Buffon, atelier et salle d’exposition (presque 1 000 m²) animée par deux générations
d’une même famille, adorable et inventive, la famille Burg. À la fois intellectuels, artistes et manuels, les deux frères, Thierry et Pierre (la cinquantaine alerte) et leurs parents, Jeannine et Claude, maintiennent cet atelier consacré à la terre cuite et la céramique selon une technique héritée de la Renaissance.
Pierre, ancien élève de Maths Sup et Maths Spé, blouse et cheveux blancs, se souvient des 75 employés qui s’activaient ici et déplore qu’il n’y en ait plus guère. « Nous existons depuis 1946 mais à l’époque nous faisions surtout du funéraire. Aujourd’hui, nous faisons de l’ornement de jardin, de la terre cuite et céramique dans la tradition du trompe-l’œil. »
En tournant sur la droite, l’enfilade des petites rues dans le prolongement des Fossés Saint-Jacques est un charmant labyrinthe dont nous sortirons en atteignant la place de la Contrescarpe. Tout le folklore du Quartier latin (terrasses bondées, foule juvénile, vieux écrivains) se concentre dans cet hectare pittoresque et élitiste qui voisine avec le lycée Henry IV, la rue d’Ulm et les grecs anciens (les restaurants, pas les penseurs) de la rue Mouffetard ; sans oublier les arènes de Lutèce accessibles en quelques minutes par la rue Rollin (où vécut Descartes) et la rue Monge. Au centre de l’amphithéâtre romain, les joueurs de boules portugais ont remplacé les gladiateurs barbares, et sur les gradins, les lycéens à portables ont succédé aux patriciennes. O tempora ! O mores !
Non loin de là, le Jardin des Plantes, ses serres tropicales, sa Galerie de l’Évolution, son cèdre du Liban et son jardin botanique. Sans oublier son histoire et le grand Buffon, intendant des lieux qui a donné son nom à la rue voisine où l’on trouvera l’Espace Buffon, atelier et salle d’exposition (presque 1 000 m²) animée par deux générations
d’une même famille, adorable et inventive, la famille Burg. À la fois intellectuels, artistes et manuels, les deux frères, Thierry et Pierre (la cinquantaine alerte) et leurs parents, Jeannine et Claude, maintiennent cet atelier consacré à la terre cuite et la céramique selon une technique héritée de la Renaissance.
Pierre, ancien élève de Maths Sup et Maths Spé, blouse et cheveux blancs, se souvient des 75 employés qui s’activaient ici et déplore qu’il n’y en ait plus guère. « Nous existons depuis 1946 mais à l’époque nous faisions surtout du funéraire. Aujourd’hui, nous faisons de l’ornement de jardin, de la terre cuite et céramique dans la tradition du trompe-l’œil. »
La technique vient de la Renaissance et redonne vie à une esthétique rare (pyramides de fleurs, grappes de raisins, feuilles, anges baroques…) issue des fours maison et des moules inspirés de pièces de musée. Sous la verrière copiée par celles qui dominent le Jardin des Plantes, le silence accompagne les visiteurs, même les moins argentés, tous certains d’y trouver leur bonheur. Et nous n’insisterons pas assez sur l’accueil de la famille Burg qui allie l’intelligence de la main à celle du coeur en comblant la curiosité des curieux de techniques artisanales, ce made in France incomparable.
Espace Buffon
27, rue Buffon (5e)
M° Jussieu
Tél. : 01 47 07 06 79
espacebuffon@wanadoo.fr
www.espacebuffon.com
Horaires d’ouverture : du lundi au vendredi de 9 h à 12 h et de 14 h à 19 h,
le samedi de 14 h à 19 h.
Espace Buffon
27, rue Buffon (5e)
M° Jussieu
Tél. : 01 47 07 06 79
espacebuffon@wanadoo.fr
www.espacebuffon.com
Horaires d’ouverture : du lundi au vendredi de 9 h à 12 h et de 14 h à 19 h,
le samedi de 14 h à 19 h.
Sabine Corvec & Christian Rol
Activez vos méninges... | Boire un coup... | Consommez malin | Enquêtes | Faire un break | Infos Papilles | Les métiers de la main | Qui sont-ils ? | Sports






Boire un coup
Accueil