Carine à Paris

Cuisine et dépendance

Cigale Mag n° 51


Voilà bientôt un an que Carine a aménagé son appartement de la rue de Courcelles en petit restaurant privé. En cette période de Coupe du Monde, rencontre avec un chef qui joue à domicile.
 
On ne doute pas que pour un Londonien, un Madrilène, un Berlinois ou un Milanais, trouver un restaurant qui change de ceux qu’il fréquente habituellement constitue un défi au moins digne d’être étudié. Mais les Parisiens, eux, ont élevé l’exercice au rang d’épreuve quasi existentielle et c’est à qui dénichera le restaurant le plus inattendu, la carte la plus atypique, le concept le plus étonnant. Des dîners sauvages en blanc aux dîners servis dans le noir, des food-trucks spécial produits tripiers aux pique-niques gastronomiques dans le métro, sans parler des ice-bars et autres PMU à l’ancienne en plein cœur des quartiers les plus chics de la ville, le cadre, pour un Parisien, finit par devenir à peu près aussi important que ce qu’il trouve au fond de son assiette. Cela tombe bien : le concept dont nous allons vous parler est, officiellement du moins, unique en son genre à Paris !

Une reconversion réussie

C’est donc chez elle que nous reçoit Carine Paris – et comble du chic, ce n’est même pas un nom d’emprunt. S’affairant dans sa salle à manger autour d’une table dressée avec soin, la jeune femme nous raconte son parcours : « Avant, je travaillais dans l’immobilier d’entreprise. Quinze ans dans le même métier, à ponctuer mon temps libre de cours de cuisine amateur à l’école Ferrandi… La cuisine a toujours été ma passion. Et puis à quarante ans, un ensemble de choses m’a poussée à réfléchir, à me demander ce que je voulais vraiment faire ; bref, à envisager une reconversion. Alors je suis retournée à l’école Ferrandi, pour une formation professionnelle cette fois. Fini de s’amuser, j’étais là pour apprendre un métier ! Au départ, je pensais entrer dans la restauration au sens classique du terme, mais monter seule un restaurant sans être du sérail semblait très risqué, sans parler des fonds de commerce qui coûtent les yeux de la tête… J’avais la chance d’avoir cet appartement de famille, qui servait d’atelier à ma grand-mère – elle était modiste. Du coup, il était inscrit à la fois en privé et en professionnel, ça aurait été dommage de ne pas en profiter ! »
En parallèle de sa formation à Ferrandi, petit à petit, Carine monte son dossier, récupère toutes les autorisations nécessaires, « et ça prend du temps, parce qu’entre nous, il y en a un certain nombre ! », nous confie-t-elle en riant. Elle met sa cuisine aux normes sanitaires, elle redécore son appartement aussi, « principalement avec des designers français, précise la jeune femme. Je voulais quelque chose d’assez épuré pour la salle à manger et de plus baroque pour le salon, avec une même exigence dans les deux cas : que ce soit chaleureux et qu’on s’y sente bien ! Le principe, c’est que les gens qui viennent doivent pouvoir passer d’une pièce à l’autre, prendre le temps, profiter de leur soirée… Moi, je suis en cuisine et je fais le service ; le reste du temps, je les laisse entre eux. » Car il faut bien dire qu’une des cibles privilégiées de Carine, ce sont les repas d’affaires – lorsqu’une salle de réunion est trop passe-partout et un grand restaurant, pas assez confidentiel…

Sur mesure

Carine à Paris
Mais la table d’hôtes de Carine ne se limite pas à ces dîners professionnels. Touristes étrangers en quête de savoir-vivre français, Japonais, Brésiliens, occasions spéciales ou dîners aux chandelles, l’appartement de la rue de Courcelles ouvre ses portes à tous. Carine accueille des anniversaires, des enterrements de vie de jeune fille, des présentations presse… « Il faut s’adapter à toutes les circonstances, c’est essentiel. Je fonctionne beaucoup par le bouche-à-oreille, hors de question de décevoir les gens qui viennent chez moi en leur proposant des choses formatées. » Et Carine d’évoquer ce dîner régressif organisé par une bande de copines – coquillettes au jambon, nutella et autres délicatesses enfantines…
« Mais là, c’était spécial, nous rassure-t-elle. D’habitude, le menu est plus raffiné ! Je travaille exclusivement avec les produits frais des commerçants du quartier, autant que possible bio, et à part le pain, tout est fait maison. Je sers une cuisine traditionnelle – et généreuse, parce que je ne sais pas vous, mais moi j’ai horreur de sortir de table en ayant faim ! » Ajoutons à cela un large choix de vins à des prix très raisonnables et une carte de whiskys montée avec la Maison du Whisky pour ceux qui voudraient prolonger la soirée au salon… La conclusion vient d’elle-même : on est bien chez Carine Paris.


Carine à Paris
7, rue de Courcelles – Paris 8ème
Petits-déjeuners à partir de 20 €/pers.
Déjeuners et dîners à partir de 60 €/pers.
Formule déjeuner « Paris-Express », entrée-plat / plat-dessert : 45 €/pers.
Du lundi au samedi, uniquement sur réservation au 01 73 73 35 28
ou sur www.carineaparis.com

Alexis Sainte Marie - Photos : Nicolas Schiffmacher



  



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